Savage 24 : un premier "mixte" à l'américaine
Ce système plutôt de tradition germanique fut produit de 1938 à 2006, avec tant de continuelles modifications qu’il comble aux USA les collectionneurs amateurs d’armes étranges et de la nostalgie d’une époque où tous les garçonnets vivant dans un environnement chasse rêvaient d’errer dans les bois avec une poignée de cartouches dans la poche, parés pour le lapin et les squirrels, avant de passer, comme papa au Winchester M 94.
Savage qui avait acheté Stevens en 1920 le vendit sous cette marque jusqu’en 1950 où apparut le Savage 24, car la marque Stevens était renommée depuis 1870 pour le calibre 22 qui, dans ce « combo », surmontait un canon lisse en 410. Pour la chasse au « pot », si le gibier était immobile, les 22 LR à l’époque encore à faible vélocité, n’abimaient pas la venaison, intéressant également piégeurs et trappeurs, et s’il prenait la fuite, il suffisait d’appuyer sur le gros bouton à droite pour utiliser plus gros en lisse. Le chien rebondissant était sécuritaire si abaissé, et on pouvait aussi progresser fusil ouvert, le disque rond sur le côté déplaçant la barre de transfert du percuteur vers le calibre choisi.
Nous ne détaillerons pas ici la quantité de versions qui furent produites et de variations en finitions, sachant qu’il en fut également fait par Valmet le premier en douze (modèle 2400 de 1975 à 1980) mais aussi plus tard (mod. 389 Fieldgrade) en Italie. Plus intéressant fut le fait qu’on dépassa très vite la version originelle 22 LR-410, pour monter (1960) pour le canon rayé aux 22 Magnum et Hornet, puis 222-223 R, Winchester 30-30, et dans les cartouches d’armes de poing 357 Magnum et Maximum, et 20-12 en lisse. Il y eût même une adaptation « Fourtenner » qui permettait dans le 20 ou le 12, de glisser encore un tube de 410 !
Le tendon d’Achille, du fait qu’on pouvait passer allégrement sur le même concept du 22 LR au 30-30 qui remue un peu plus, le devant qui pouvait se perdre dans le feu de l’action, tout comme le bouton de sélection inlassablement actionné avant de tirer. L’âge d’or de ce petit « mixte » à pas cher (40$ en 1954) fut dans la décennie 60-70 car l’industrie fut tout à coup atteinte par l’industrialisation et l’automatisation amenant la réduction des coûts de production. Les deux géants Winchester et Remington furent en 1965 titillés par Ruger avec ses modèles 77 et surtout le célèbre best-seller 10/22 dans le petit calibre, puis par Browning avec la BLR et la BAR et ses deux belles 22 LR (BL et T Bolt). Dans le même esprit d’armes à combinaisons de calibres sur une même base, Thomson Contender fit son apparition à peu près à la même époque (1967).
A partir de moment, le modèle 24 évolua en modèle 42 : le sélecteur émigra du côté de la bascule au chien, il y eût des versions Turkey pour la chasse au dindon sauvage, des démontables, camouflés, avec crosses en composite, mais toujours dans une optique de réduction des coûts qui font bien sûr préférer la patine des anciennes versions fabriquées à l’ancienne. Les plus recherchées sont la survival US Air Force (1), la courte série Camper’s Companion à canon de 20 pouces, ou encore la 24 F à boussole intégrée pour éviter de se perdre dans les bois ! A l’utilisation, les chasseurs plébiscitent la version 20-222 Remington, mais la plus courante reste la 22 LR-410 dont la réputation dans son look de fusil classique polyvalent et la fonction pratique ont fait monter la cote autour de 450-600 $. Pas mal pour le symbole d’une époque, celle des suites de la Grande Dépression, où ce n’était pas une tare pour la jeunesse d’aller à l’aventure le fusil sous le bras, pour améliorer l’ordinaire familial…
1/Pour les pilotes naufragés en milieu hostile, où l’USAF a également doté les aviateurs de M6 Scout ou de M 6 ASW.




