Durée de vie de mon canon ? Six secondes !
Il est tombé du capot de la voiture, a malencontreusement explosé ? Vous n’y êtes pas et c’est assez surprenant. Pour s’en convaincre, réfléchissons un peu : quel temps réel les balles passent dans l’alésage, c’est-à-dire pas longtemps…
Tenez, prenons un coup de 270 Winchester dans un canon de 60 cm : il y passera 1/1500è de seconde, et si vous estimez sa durée de vie à 3000 coups, eh bien ça fait…2 secondes ! Bon, vous me direz qu’on part d’une vitesse nulle, qui accélère, puis se freine, mais les balisticiens y ont pensé et donné une moyenne de « temps de passage » qui est de 0,002 seconde tenant compte justement de cette accélération qui n’est pas constante. Voilà qui améliore un peu notre calcul précédent un peu trop brut de décoffrage et la multiplication est facile : 0,002X3000 = 6 secondes ! Ouf, on respire un peu mieux, mais la sagesse populaire et surtout l’usage de certains calibres « pointus » tempèrent cet optimisme sur une durée de vie controversée et subjective.
Les petits très rapides sont réputés « mangeurs » de canons : 7-800 coups pour le 6 PPC, 1500 le 243 Winchester, 4000 le 308 Winchester…C’est du « bench-rest » et des compétitions de tir à longue distance que sont venues ces informations car on y tire beaucoup et sur de longues séances, et c’est l’usure de la chambre qui donne les premiers signes de faiblesse, et surtout la baisse de précision qui annoncent le signal de retour chez l’armurier. Les tireurs de « varmint » toutes ces petites bestioles qui envahissent les environs des ranchs du Midwest (marmottes, spermophiles, chiens de prairie, écureuils terrestres) font la même constatation eux qui, dans une séance vespérale, peuvent tirer une bonne centaine de cartouches de petit calibre. A ce rythme, sur un canon donné pour 2000 coups, il faut presque en changer à chaque fin de saison.
Les fabricants de munitions bien sûr ne pouvaient s’exonérer de ce phénomène où d’énormes forces s’exercent et relevant : du diamètre de la balle, du poids de poudre et de son potentiel thermique, des pressions, des intervalles de tir et de la chaleur engendrée, enfin du revêtement des balles. Norma est la firme qui s’est la plus investie dans ce domaine où le « fart » diminuerait par deux la friction grâce (gamme Diamondline) à l’emploi d’un voile (0,6 micron) de bisulfure de molybdène et de cire de carnuba. Les pressions baisseraient de 3 à 5%, tout comme l’encrassement, sans trop jouer sur la vitesse (gain minime de 0,5 à 1,5%) et donner plus de précision.
Depuis des décennies, ces propriétés sont connues pour le 22 Long Rifle (1) avec de la cire d’abeille (Eley) ou des résidus de pétrole qui alliées au plomb le plus souvent presque pur, sont réputés donner une longévité quasi illimitée des carabines de ce calibre. La poudre noire, après tout, donnait bien à manger à ses fusils des « bore butter » à base d’huile de ricin pour mieux digérer ses balles, ce végétal étant aussi, chacun le sait…un puissant laxatif permettant donc de les expluser par où il se doit !
1/Voir notre archive du 24 avril 2021 sur la lubrification des balles 22 LR.


