Percussion annulaire : entretien et longévité
Bientôt aussi sale que la poudre noire dont il est issu, le petit alésage du 22 LR complique la tâche des tireurs, se combinant avec le plomb le plus souvent lubrifié, et tous les produits qui traînent sur l’établi, huiles fines pour les mécanismes, solvants, huile de lin pour les crosses. Sans aller aussi loin que la compétition (1), comment s’en dépatouiller dans un usage pratique.
C’est toujours un sujet clivant, de la part de passionnés qui ont cherché longtemps pour trouver une méthode qui leur convient, le problème étant qu’ils insistent sur le fait que c’est un système universel, et que les autres doivent impérativement s’y plier. L’encrassement nuit-il vraiment à la précision ? Faut-il s’attaquer bille en tête au fameux anneau de carbone (2) se déposant dans la chambre ? Ecouvillons en nylon ou en métal laiton ou bronze ? Toutes ces questions agitent le lenderneau depuis des décennies, et disons pour notre usage mesuré de quelques cartouches par semaine, qu’il faut être « conservateur » : c’est-à-dire se baser sur ce qui marche, le nettoyage devant demeurer une routine sympa, et pour la précision escomptée derrière, la recherche d’un état constant disons, « neuf et propre » plus facile à déterminer que le vague niveau d’encrassement ou de « flambage » revendiqué par certains.
Utilisant toujours la même munition, vous saurez vite si elle est « sale », il sera préférable de s’y attaquer rapidement plutôt d’attendre que le canon arrête de bien tirer. Un nettoyage rapide et fréquent demandera moins d’efforts, l’utilisation de solvants peu nécessaire sinon à l’utilisation intensive de balles encuivrées (3) par « lavage » ou dépôt électrolytique plus guère utilisées dans nos campagnes, du fait de la législation restrictive des années 90. L’utilisation massive des réducteurs de son et des subsoniques allant plutôt vers les dépôts de plomb-carbone et de poudre additionnée de graphite.
Le bon ajustement étant bien plus essentiel avec l’alésage plus petit que la percussion centrale devrait imposer un plus large éventail de tiges qui doivent être d’une seule pièce pour éviter de racler l’intérieur, métal contre métal. Il ne faut pas, en effet que le nettoyage fasse plus de dégâts que le tir lui-même, et cela impose de toujours procéder de la culasse vers la bouche par exemple en traction avec le bore-snake. La durée de vie d’un canon, en particulier d’un petit calibre moins gourmand en pression et en calories tirant, en plus, un projectile en plomb quasi pur est la véritable « bouteille à l’encre » des forums.
A ses débuts, le 22 LR utilisait des amorces corrosives où on trouvait des poussières de verre dépoli et 4 grains de poudre noire propulsant une balle de 40 grains transportée le plus souvent sans soin dans les poches, et il n’était pas rare de remplacer le canon tous les 5 ans. Les progrès des munitions « Kleanbore » dans les années trente, et les meilleurs aciers, ont donné une durée de vie indéfinie à la longévité de ces armes, assez peu documentée en fait. Le « Gun digest book of 22 RF » de James Rodney donnait 20 000 coups pour les « torture tests » effectués par les revues spécialisées, 60 000 pour les semi-automatiques, et 100 000 pour une utilisation générale moyenne. La Remington « Nylon » était donnée pour 75 000 coups, et le fabricant renommé de canons de sport Lilja revendique 5 à 10 000 coups avant que la précision ne diminue. Attention hein, par-là, il faut entendre l’utilisation par des compétiteurs dont l’exigence ne sera même pas remarquée par le « plinker » moyen.
Les compétiteurs usent de guides qui évitent d’endommager la chambre qui ne doit pas tirer autre chose que ce pour quoi elle a été conçue (4), et ce n’est pas parce qu’on utilise des canons tout venant où des carabines premier prix qu’il faut fourgonner trop énergiquement là-dedans. Le nettoyage fréquent devra y aller précautionneusement, notamment à l’entrée de chambre, à petits coups dans la gorge, puis en diminuant de rythme en allant vers le museau, sans en sortir violemment accidentellement. La brosse de laiton-bronze, en inversant ses poils peut endommager l’orifice de l’arme qui, comme une autre partie de notre anatomie, ne doit être que sortie, et où il ne doit rien revenir…
1/Les tireurs en compétition 22 LR peuvent tirer dans une session, ce qu’un « campagnard », (euphémisme que nous utilisons souvent pour caractériser ceux qui piègent ou font de la régulation) peuvent utiliser dans une session, ce que le "rural" emploiera dans une année, mettons 2-3 boîtes de 50. Ils utilisent un matériel complet : guides, et même endoscopes pour vérifier l’état des canons, démarche inconnue du commun de ces tireurs occasionnels.
2/Mettez du carbone ordinaire à chaleur et pressions extrêmes, ce qui se passe dans nos carabines, et vous obtenez…du diamant, matériau le plus dur de notre planète. Il ne faut donc pas le laisser s’installer.
3/Voir archives des 24 avril 2021 et 21 juin 2022.
4/Pour avoir possédé une bonne demi-douzaine de 22 LR soi-disant « mange tout » sur les prospectus (bosquettes, court, long et long rifle), autrefois tant en Gévelot qu’en Manu-Arm ou Gaucher, il est conseillé de n’y tirer que du « long », et même pour le tir de près (ou des ravageurs dans vos salades !) de la « zimmer » possédant peu de poudre mais une chambre à la bonne longueur, plutôt que du court ou des bosquettes. Voir notre article du 15 mars 2022 en archives à ce sujet titré « non…non…non…les bosquettes ne sont pas faites pour tirer dans les bosquets ! »





