1920-1970 : l'âge d'or des "field trials"
Un sujet à peine effleuré quand nous avons parlé des « lab men » (1) et qui débuta plus vite, dans la foulée (1866) des concours de travail des chiens britanniques qui se déroulaient par paires, comme les courses de lévriers. Les Etats-Unis suivirent (Memphis, Tennessee 1874) pour vraiment se structurer en 1895 à l’initiative du Dr N.Rowe et la création de l’American Field et les premières épreuves dans le Nord-Est (Morris au Sud de Winnipeg, Brown Valley, Minnesota), et les états du Sud (Tupelo, Mississipi) qui avaient déjà une grande tradition de chasse aux chiens courants (2) et d’arrêt.
Les grandes plantations suite à la défaite du Sud étaient passées sous la houlette des grandes fortunes industrielles et financières du Nord qui se donnèrent les moyens d’accompagner un vaste mouvement littéraire et artistique (3) autour de la chasse et des chiens théorisée par des « influenceurs » comme on dit de nos jours comme Albert F.Hochwalt (1869-1938) dont les opinions étaient reconnues par les éleveurs, entraîneurs et juges. Son « The modern setter » (1923) fait toujours autorité. Les Américains se démarquèrent des Britanniques sans préférence de races (pointers contre setters) mais une sélection rigoureuse et des « trials » pointus de terrain sur toute la période 1900-1913, et que relatait le journal « The Field » accentuant le caractère « chasse » de leurs chiens.
A cette époque les normes se déplaçaient sans cesse sur des interprétations subjectives des performances qui opposaient chiens « de concours » et « de chasse » avec des nuances entre la « classe » où comment le chien fait son travail, et le « style » soit la manière dont il le fait, tout cela étant plus évident que l’intelligence, la force et l’endurance face aux ruses du gibier qu’il fallait juger également. De nos jours il est difficile d’envisager l’ampleur des opérations qui mettaient en action deux chariots tirés par des mules, l’équipage étant dirigé par le maître-chien, les deux conducteurs des chariots, les aides, et surtout les « scouts », éclaireurs qui aidaient le « trainer » à diriger les chiens en action, tout ça bien sûr à cheval. Une quarantaine de chiens pouvaient ainsi lever une cinquantaine de compagnies par jour !
Toute la haute société se retrouvait sur des rendez-vous dans de grands domaines comme la « Dixie Plantation » près de Greenville dans le Nord de la Floride, où opéra à partir de 1936, la famille Livingston dont nous reparlerons plus loin. Les entraîneurs étaient le plus souvent attachés à ces grands domaines. Fred Arant (1920-2002), ci-contre à dr. à lauréat du hall of fame 1986, opérait sur la plantation Green Savannah de Barnswell (South Carolina), la dynastie Gates et trois générations sur l’Ames Plantation de Grand Junction Tennessee. Le « captain » John S Gates s’était fait un nom en travaillant d’abord sur les plantations Goss (Mercer Mill), Whitney (Greenwoods), son fils John Rex gagnant le National avec « Safari » ci-dessous à g. en 1966.
Earl Crangle, de Burke (Georgie) était le fils de George Crangle qui avait gagné le National 1942 d’Albany, et entraîné pour Gérald Livingston « Lucky Strike » lauréat du National 1953, puis pour Eleanor Livingston, son mari étant décédé en 1950. Le richissime homme d’affaires new-yorkais, depuis 1936 avait fait de la Dixie Plantation le centre des compétitions du Continental Field Trial Club, mais aussi des organismes de conservation des cailles et du gibier à plumes des états de l’Est. Le domaine, depuis 1940 était managé par George Evans qui avec « Brownie Doone » remporta le Continental 1948. Eleanor qui secondait son mari, mena la grande propriété à son zenith dans les années 1965-70, et à son décès (1977) sa fille Geraldine poursuivit cette œuvre. Actuellement conservatoire et centre historique, son cimetière des chiens est à visiter pour tout chasseur de chiens d’arrêt qui se respecte.
Le souvenir de l’esclavage qui hante tous ces lieux historiques du « Sud profond » sut inscrire en 1991 au hall of fame, un scout légendaire, humble et silencieux collaborateur de couleur de Clyde et Bill Morton et associé au succès de « Luminary ». Ben Rand ci-contre à dr. était né en 1917, issu de la servitude sur la plantation Sedgefield en Alabama et dès l’âge de 8 ans avait suivi les chiens légendaires « Paladin » et « Saturn ». Ce fut le seul scout qui passa de l’autre côté de la barrière, et mena trois fois le chien « Ariel » en tête du National. Les pertes continues de terrains de chasse et le déclin des populations d’oiseaux sauvages n’ont pas éteint cette tradition des grands propriétaires éleveurs et entraîneurs de grands chiens de chasse qu’exhaltaient Havilah Babcock ou Georges « Bird » Evans et dont on retrouve de nos jours l’ambiance chez Jim Fergus, heureusement traduit et édité chez nous.
1/ Voir archive du Ier avril dernier.
2/ Voir archive du 1 janvier 2022 sur la chasse aux courants des afro-américains, et le portrait du plus célèbre d’entre eux, Holt Collier (archive du 21 avril 2020).
3/ Citons parmi les grands illustrateurs de chiens de cette époque : A.B.Frost (1851-1928), E.H.Osthaus (1858-1928), E.Hardie (1941-2021), G.Muss-Arnold (1850-1927).
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