Magnum et Super-Magnum en lisse : à quoi bon ?
Le terme qui est un peu passe-partout aujourd’hui puisqu’il s’applique aussi à l’arme rayée, est le fruit du passage généralisé après la première guerre mondiale de la poudre noire à la poudre sans fumée. Quand l’Europe s’organisa avec le CIP, les Etats-Unis le firent un peu plus tard (1926) avec le SAAMI aux critères plus larges, puisque résultant d’un consensus de production entre les principales grandes firmes américaines, plus nombreuses que de nos jours en lisse (1).
Pour le calibre 12, le Migratory Bird Act limitant la capacité des armes semi-automatiques à trois coups en février 1935 fut concomitant de la sortie par Winchester du modèle « Heavy duck » pouvant tirer la cartouche Super X chambrée 3 pouces, suscitée selon l’anecdote célèbre par John Olin des poudres Western Winchester, excédé de voir un copain de chasse tirer les colverts au posé. Il n’y avait déjà pas si longtemps que les chambres s’étaient enfin stabilisées autour de 2 9/16 (65), et 2 ¾ (70), et le calibre 16 lui aussi, était travaillé par ce souci « d’allonger » les cartouches, non pas comme on pourrait le croire au prime abord pour transporter plus de charge utile, mais en fait fignoler des bourres plus longues, avec une meilleure étanchéité devant mieux amortir et modéliser la colonne de tir.
Les premières PSF ne maîtrisaient pas encore parfaitement les vitesses de combustion, et la tentation était grande pour les fabricants de disposer d’étuis plus longs et plus de latitude pour jouer de toutes les composantes : poudre-bourre-charge. Si on regarde bien, ces « Magnums » n’allaient pas beaucoup plus loin que les charges standard. Pour le 16, la Super X ne poussait qu’à 32 grammes, son alésage (0.662) étant parfaitement adapté à la 28 grammes, et par rapport à sa vitesse maxi avant-guerre, la performance du motif s’abaissait avec le gros plomb, le « 4 » étant la limite. On sait ce qui advint alors, le 16 fut oublié de la vogue du skeet en 1926, ce qui n’aurait pas été trop grave en soi, si le 20 Magnum n’était pas apparu en 1950, un non-évènement pour la chasse française, mais qui l’enterra aux USA quand, en 1954 pour son modèle 21 en 20, Winchester sortit une Super X à 36 grammes. Le 20 Magnum tirait maintenant la charge du 12, mais on l’a vu plus haut, avec un alésage encore plus petit, et pire pour la gerbe très allongée et donc réservée aux fins tireurs.
Il n’empêche, l’arlésienne du 16 Magnum ne fut pas qu’une chimère, en France (2) comme de l’autre côté de l’Atlantique, Fox et L.C.Smith (3) le firent, tout comme Winchester (4), Westley-Richards en Angleterre pour des « pigeon guns », Loyola en Espagne (1960), et même jusqu’en 1980 quelques Browning Citori, sur des petites séries où semble-t-il on ne voulait pas perdre de temps à changer d’outillage sur la production 12 Magnum ? Plus près de nous, en 2017, Barrett a fait un superposé (mod. Sovereign Rutherford) chambré « 3 », mais Browning n’a pas osé franchir le pas avec son nouveau semi-auto A5 inertiel.
La période avait été, il est vrai, marquée par l’arrivée inopinée du « Super Magnum » chambre 3,5 pouces (89 pour nous) en 1988 quand Mossberg (ci-dessous à dr. ) sortit son pompe 835 tirant la Federal premium, immédiatement suivi du Benelli Super Black Eagle, et du Winchester Super X 2. Remington ne prit le train en marche qu’un peu plus tard, profitant de l’arrivée massive sur le marché de la production russe (pas encore sous embargo) Baïkal, rebaptisée « Spartan ». Dans les années 2000, par ce biais, le « Super Magnum » se démocratisa, bénéficiant en plus d’une kyrielle de nouveaux chargements. Vingt ans plus tard, ces grosses « chandelles romaines » avec le « sans plomb » peuvent-elles revenir au premier plan ?
En théorie, un peu comme le calibre 10 avant, il semble fait pour l’acier, l’entassement étant la réponse à la moindre densité, mais la valse des nouveaux substituts (bismuth, hevi-shot, alliages de tungstène) réduisent son attrait car, contrepartie de construction, tout, chambre, canon, action, est surdimensionné et plus lourd. Même rallongés de chokes « miracle » qui coûtent un œil, c’est la plus grande densité (5) qui fait illusion plus que la portée. De plus, toute la production classique dans le calibre est quasi d’office chambrée « 3 » pouces, où il y a pléthore désormais de charges rapides et techniques autour de 1 1/5 (42 grammes) qui vont plus vite et font aussi bien sous le nom de « mini mag ». Après, pour la polyvalence, c’est vrai que le « Super Mag » mangera tout, plus au poste que sur le terrain, particulièrement l’acier pour celui qui regarde son porte-monnaie, et même, du fait de sa robuste ossature, tirer des grosses balles en lisse.
1/ On résume trop souvent les armes américaines de la période classique aux fusils à pompe et à l’Auto 5 par Remington (mod. 11) et Savage. Entre 1919 et Pearl Harbour, malgré les affres de la Grande Dépression, L.C. Smith, Parker, Fox, Lefever, Ithaca et une foule de firmes obscures et oubliées ont produit près de 3 millions de doubles juxtaposés. Winchester, entré un peu tard dans la danse (1931) fit 30 000 unités de son excellent modèle 21 jusqu’en 1960.
2/ Voir archive du 5 avril 2017 sur les fusils Kerné.
3/ Modèle Ideal en 1923 canons chambre « 3 » marqués « long range » 28 et 32 pouces.
4/ Cf Ned Schwing (Winchester’s finest, the Mod. 21, page 67)
5/ Ils compensaient notamment sur le Baïkal MP 153, best-seller dans les années 2000, la faiblesse de l’usinage des chokes dans le haut du spectre quand, pour le bas ils faisaient grosso modo le job. D’où leur intérêt, (même s’ils valaient presque le prix de l’arme d’occasion !) pour les chasseurs de sauvagine et de pigeons au poste, ce qui a fait la renommée des Kicks, Terror, Wadwizard, Patternmaster, précisément usinés.




