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24 avril 2023

22 LR "Stinger" : la mauvaise réputation du "bad boy"

Sans vraiment nous reprocher d’avoir trop parlé de la Stinger (1), nous n’avons peut-être pas assez expliqué, selon les lecteurs, des particularités de cette cartouche qui reste, avec les Minimag et Vélocitor de la même marque, une des plus dévastatrices du marché. Ruger élimine de la garantie son emploi sur les séries Target et Tactical du best-seller 10/22 (illustration ci-dessous à dr.) tout comme CZ depuis 2021 sur la série 450 en raison des chambres à tolérance serrée ! Un calvaire quand on sait que la production US dans le calibre est de 10 milliards de cartouches par an.

une

 

L’impact de la Stinger en 1975 fut mondial car la cartouche était tellement novatrice avec près de 19% de capacité d’étui en plus, qu’on peut même se demander comment avec autant de différence, on puisse encore parler de « 22 Long Rifle », non ? L’étui plus long (0.694 contre 0.595 en standard) donnait plus de place pour une nouvelle poudre lente à billes écrasée au lieu de flocons passant de 1 grain habituellement… à 2,2 grains poussant une balle plus légère, de 32 grains au lieu de 40 ! On conservait, malgré tout, les spécifications de pression SAAMI (2) autour de 24 000 psi, et la même longueur de cartouche, mais l’étui plus haut, posa un premier problème : arrivant en limite de la prise de rayures, il ne laissait pas le temps au talon de bien se dilater, et tout retard dans la libération du projectile pouvait induire des pics de surpression.

ruger dix 22

La quantité de poudre lente, poussant beaucoup plus fort et plus longtemps affectait le cycle de synchronisation des semi-automatiques ou seul le poids du ressort maintenait le verrou vers l’avant. Cette poussée sur les glissières était bien plus violente que les balles « hautes vitesses » disponibles depuis 1935, sollicitant considérablement les pièces d’amortissements et ressorts : on parlait de seulement 2000 coups contre une utilisation quasi éternelle avant. Chez nous, on vit ainsi des carabines semi-auto (alors encore en « vente libre ») ruinées par le levier, (lui en bon acier), qui, après une utilisation intensive, finissait par « usiner » la carcasse en alliage d’alu ou zamac.

L’autre danger, lié à la mauvaise synchronisation, outre les enrayages, était le « slamfire » ou percussion de l’étui partiellement chambré. Bien sûr, dans les armes de poing, tous ces problèmes étaient décuplés, mais malheureusement, les vertus de la nouvelle cartouche pouvaient séduire encore de ce côté. Le bel étui nickelé bien lisse, tout comme la balle cuivrée semblaient idéaux pour mieux alimenter les chargeurs haute capacité que le laiton ordinaire du tout-venant, et évidemment, la puissance supplémentaire apparaissait comme devoir assurer un cycle sans failles. En France, malgré le coup de tonnerre (3), la législation de plus en plus restrictive sur le 22 LR en général et les semi-automatiques en particulier, calma vite les ardeurs des utilisateurs de terrain ou de « fun », le monde du tir ayant lui d’autres préoccupations de précision plutôt « subsoniques ». Mais aux USA, les chasseurs, sur les animaux de la taille du renard ou du coyote, commencèrent à se plaindre du manque de pénétration, car la balle légère perdait rapidement de la vitesse et de l’énergie au-delà de 50m. où les hautes vitesses (4) faisaient aussi bien, mais avec moins de dérive au vent.

P1090501

Sur le plan de la home defense, critère inconnu et même illégal en France, l’énorme surcroit de puissance qui avait pu séduire au prime abord, montra l’impressionnant gaspillage dans un canon court faisant perdre le principal argument de départ, celui de la vitesse. Sur les premières armes de poing à carcasse polymère l’addition des charges (vitesse-chaleur-usure) amenèrent aussi des fissures près du verrouillage, la munition étant clairement donc, comme c’était prévu au départ, une munition de carabine. Les fabricants ayant travaillé le sujet proposent désormais des munitions spécifiques (5) dans ce domaine qui échappe à notre perception de l’utilisation des armes à feu en France.

Mythique, rapide, impressionnant, le bruit à lui seul est toute une symphonie… surtout après le tir juste auparavant, de subsoniques dans un silencieux ! La Stinger est un souvenir (onéreux en plus) du passé qu’on ne peut plus guère apprécier que dans des carabines à verrou, aux chambres généreuses, mais pas trop château branlantes non plus, car le « dard » pique toujours autant qu’il y a cinquante ans.

fin

1/Voir archives des 27 mai 2021, et 12 juin 2019.

2/Cet organisme plus ou moins équivalent de notre CIP, ne donne pas des règles ou spécifications obligatoires à suivre, mais des normes acceptées par l’ensemble des industriels du secteur armurier américain.

3/En 1978, nous avons tous succombé à cette folie, mais toutes les 22 LR y étaient accessibles, et on pouvait s’en faire offrir une pour sa première communion !

4/Par comparaison avec ses émules modernes de la même marque (CCI), la Stinger reste la plus rapide (32 grains, 490m/s), mais les 40 grains des Minimag (380m/s), et Vélocitor (439m/s) sont plus équilibrées. Par contre, l’étui Stinger a donné naissance au 17 Mach 2,  (pointe rouge polymère) comme on peut le voir (même longueur) ci-contre à dr. Ils sont comparés, à g. avec une "golden bullet" Remington, une classique "speed" des années 80.

5/Federal par exemple a sorti en 2021 une « Punch » home defense, balle nickelée à nez plat pas très rapide (327m/s) mais 105 joules et surtout perforante, au-delà du seuil FBI de 12 pouces (30 cm). On peut tirer ça dans des revolvers 22 LR (Ruger LCR, SW 43) de 8 coups. De quoi donc pas mal trouer la paillasse des prédateurs à quatre ou deux pattes !

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