Sanglier et munitions "débroussailleuses" !
Encore un truc dont on ne parle pas du tout chez nous, et qui, comme on va le voir, a passionné des générations de grands auteurs. La prolifération du sanglier, l’arrivée des carabines à levier de sous-garde dans des calibres adaptés autres que le 9,3X62 et 9,3X74R, doivent nous inciter à regarder du côté de ce qui n’est pas forcément nouveau, mais adapté à la nouvelle donne.
Le concept de « brush gun » est aussi vieux que la chasse devant soi au grand gibier dans l’Est des Etats-Unis, mais encore mérite-t-il d’être précisé. Est-ce une arme courte et maniable qui se comporte bien dans les bois…ou pour tirer à travers ? C’est la question que se posa dès 1957 pour « Outdoor Life » Jack O’Connor en plaçant à 100m. une petite cible de 30 cm à peine entrevue à travers une dizaine de mètres de broussailles. Il tentait là de reproduire la situation bien connue des chasseurs de whitetail qui progressent dans le chablis et entrevoient pas trop loin une cible mouvante plus ou moins cachée par les frondaisons, avec toujours le risque de marcher sur autre chose de bien plus dangereux, par exemple un ours « mal léché » comme on dit.
A l’époque le Winchester 30-30 était la panacée et pour faire bonne pioche il panacha dans sa recherche de la bonne « brush bullet » le 30-06, le 375HH, le 270 Winchester, le 220 Swift, et même le bon vieux calibre 12. Ironiquement, on remarquera qu’il n’avait pas inclus dans son panel le calibre ad hoc depuis plus de 80 ans, le 45-70 gvt, calibre lourd et lent pourtant renommé pour traiter tout ce qui dépassait le quintal. Sa plume renommée ne faisait que remettre en lumière une vieille lune, le sujet ayant été déjà traité par Charles Askins (en tirant à travers des sapins de Noël desséchés), Finn Aagard ou John Wooters (avec du 416 Taylor qui assurément devait emporter tout, les feuilles et l’arbre avec !).
Preuve s’il en est qu’il s’agit d’un sacré « marronnier » (1), la grande revue d’outdoor reprit l’affaire en 2014 sous la plume de A. Mc Kean en y ajoutant l’essai de quelques calibres contemporains comme le 308 Winchester ou le 222 Remington, et encore en 2022 en actualisant l’affaire avec le 350 Legend, 375 Ruger, 338 Lapua, 6,5 Creedmoor. Les carabines à levier (2) « big bore » c’est-à-dire dans des calibres moyens et lourds sont elles aussi revenues au premier plan de cette chasse car courtes et bien équilibrées avec des nouveaux calibres agréables à tirer et trajectoire plate comme le 444 Marlin, le vieux 30-30 lui-même retrouvant une seconde jeunesse avec les munitions Hornady Leverevolution (3).
Une Marlin 93 en 45-70 Gvt offre en effet 7+1 balles et une précision de 4 cm à 100m avec visée ouverte, et un bon tireur peut aller bien plus loin en contre visée haute de colonne qui peut aboutir plein thorax. Les optiques bien sûr affinent encore l’affaire : le point rouge permet une acquisition rapide, mais possède une luminosité moins bonne que les scopes dont le grossissement permet, en plus, de voir plus clairement la cible et même les « fenêtres » de tir dans le gaulis. Bien sûr, beaucoup de chasseurs nord-américains ont cherché depuis longtemps une combinaison chambre-charge qui puisse répondre à toutes ces exigences, et de manière empirique le 35 Remington, face au 30-30 acquit très vite, avec le 45-70 une telle réputation de balle « débroussailleuse ». De nos jours, le 350 Legend depuis 2019 a su prendre sa place dans la kyrielle de balles trapues et large que préconisent tous les auteurs.
Leurs enseignements dont on peut tenir compte pour la battue française c’est qu’il ne faut jamais tirer intentionnellement dans les fourrés, déjà pour toutes les raisons de sécurité et d’identification que l’on devine, mais aussi pour des raisons tout simplement balistiques. Le risque de déviation est plus important si l’obstacle est plus proche du tireur, et certains projectiles sont pires que d’autres : les balles rapides, légères, profilées et aérodynamiques à fort taux de torsion que toute déformation, même minime, déstabilise instantanément. Tous les projectiles sont concernés, même les gros calibres africains, mais en règle générale, les gros projectiles lents, monolithiques seront un peu moins affectés. Sur le plan de l’éthique, même si l’animal est bien identifié, sans danger, mais partiellement masqué, il ne faut pas risquer un premier coup hasardeux où toute déviation pourra provoquer une blessure, et attendre une meilleure opportunité sûre.
1/ Dans le jargon de la presse, c’est un sujet banal et « bateau » qui revient périodiquement (par exemple en période de vacances quand l’information baisse en activité).
2/ Winchester lança l’affaire avec le modèle 1873 à verrou genouillère et poudre noire, puis 86 amélioré en 1892 par John Moses Browning, produit jusqu’en 1932. Mais le vieux modèle 73 fut néanmoins produit jusqu’en 1923. L’année suivante le modèle 53, prit la suite, et les concurrents (Marlin, Mossberg, Savage avec l’original 99) diversifièrent la production. Les « répliques » (Rossi, Pedersoli) complètent un immense marché de carabines courtes et maniables. On commence à les voir dans nos battues, la jeune génération allant plus à l’efficacité avec les nouveaux calibres adaptés que l’ancienne qui snobait ces « carabines de cow-boys »…
3/ Les pointes polymère améliorent le coefficient balistique, les balles sont plus courtes, mais les nouvelles poudres maximisent la capacité restreinte des étuis pour donner plus de vitesse.




