22 LR : obsolescence de la munition
La question peut se poser lors d’un déménagement, d’un décès, de la redécouverte de vieilles boîtes aux couleurs un peu fanées qui, pour des raisons que nous allons voir, se collectionnent même aux USA (1) où elles peuvent valoir bien plus cher que l’arme qui les tire. A l’ouverture, parfois, quelques mauvaises surprises nous attendent, balles grises ou blanchâtres, début de corrosion du laiton, et hésitation bien légitime à les tirer ?
C’est un sujet de conversation régulier aux Etats-Unis, où l’élection d’Obama fit monter en flèche les stocks, amenant une pénurie dans un pays où la moyenne est, avec les semi-automatiques Ruger 10/22 et les clones d’AR 15, de 5 boîtes par semaine, et la thésaurisation de la petite munition « cheap » un sport national dans les soldes des supermarchés. C’est ce qui explique qu’on puisse y tirer des munitions datant de Mathusalem, et qu’il existe même des études fort sérieuses sur le sujet comme on va le voir plus loin.
Déjà flou sur les munitions militaires à percussion centrale (2), le sujet est compliqué par le sertissage moins serré de la balle de 22 LR sur l’étui, certaines fabrications bas de gamme permettant même de faire tourner le projectile sur sa base. Un « appel d’air » pour l’humidité ambiante dans un étui bien trop grand pour la PSF, car il était initialement prévu pour bien plus de poudre noire. Son composé d’amorçage mal collé ou s’écaillant car pas forcément laissé, selon la position de la cartouche au contact de la poudre, peut se désagréger. Les emballages anciens, en vrac, abimaient aussi les procédés de lubrification (3) avec des pointes oxydées ou « floconneuses » phénomène plus ou moins accentué selon les marques et la perte de la partie grasse de la formule.
Pas chère, facile à entasser, et à oublier dans un coin de grenier alternant chaud et froid ou dans les celliers et sous-sols, les petits boitiers en carton ont aussi la fâcheuse habitude de piéger l’humidité ambiante et la condensation si c’est pour les oublier ensuite dans la boîte à gants d’une voiture exposée en plein soleil. Comme pour le pinard il faudrait éviter les endroits qui vibrent, la proximité des solvants, l’oubli dans les chargeurs ou magasins qui, outre la sécurité, exposent la munition aux éléments et affaiblissent les ressorts. L’idéal étant une maison à climatisation moyenne dans un environnement sec, pas trop salin, et donc pas côtier.
Les fabricants, vous l’aurez remarqué ne préconisent rien, ayant intérêt déjà à ce que les stocks s’écoulent au plus vite, et ne donnent que de vagues délais de 10-20 ans, plus pour des raisons juridiques que de sécurité. Celle-ci peut vous alerter aux aspects précités et au tir par, ce qui est le plus courant, les ratés de percussion effet secondaire où l’amorce ne fait pas son boulot, parfois aussi pour des raisons purement mécaniques : certaines carabines anciennes qui « écrasent » tous les bourrelets percuteront mieux les munitions anciennes. Le son et l’odeur donnent de précieuses indications, les réactions acides de la dégradation de certaines poudres peuvent endommager les canons, le bruit de pétard mouillé étant plus fréquent et moins dangereux que le « kaboum » de la formation de cristaux par processus chimique, rendant le mélange plus puissant. Mais en cas de pet-de-nonne, faut quand même s’assurer que la balle soit bien sortie du canon…
Efficacité et précision ? Les sites spécialisés donnent des exemples de marques disparues comme Stevens (en 1942), ne donnant que 3 échecs au tir sur une vingtaine, et une précision de 2,5 cm à 25 m qui n’est certes pas « match » mais passe encore pour le plinking et l’éradication des « ravageurs » des campagnes. Mieux, la revue Ammoland qui avait mis la main sur la réserve de 20 000 coups de Remington standard d’un tireur du Wisconsin décédé en 2018, et parfaitement entreposée en 1956 dans des bocaux hermétiquement clos, a obtenu des résultats surprenants. Comparé à des CCI standard de 2012, et 500 tirs il n’y eût qu’un seul échec au tir sur les deux munitions en lice, et des écarts de vitesse similaires (30 m/s pour la Remington vintage, et 25 m/s la CCI). La précision, mesurée sur 4 groupes de 5 coups à 25 m était elle aussi proche : 1,43 et 1,27 cm. En regard, sur 5 coups et six groupes une basique actuelle (TAC 22) ne fait qu’un peu mieux : 1,09 cm à 50m et 2,79 cm à 100m. Donc, on le voit, si le stockage s’effectue à des températures raisonnables et stables dans un contenant hermétique, la limite supérieure de durée d’une 22 Long Rifle est, en fait…inconnue !
1/ Voir archive du30 avril 2021.
2/ L’US Air Force parlait déjà d’une conservation « indéfinie » et non pas « infinie » des munitions. Dès 1930, les civils (Kleanbore, Rustless) faisaient des amorces non corrosives, mais l’US Army, (sauf pour l’US M1 en 30 Carbine), eût recours jusqu’en 1959 au chlorate, plus stable chimiquement et facile à fabriquer. En 1959, industriels et US Army se rapprochèrent pour coopérer et passer au styphnate de plomb.
3/ Voir archive du 24 avril 2021.




