22 LR et longueur de canon
Quand, comme bien d’autres, nous avons commencé à utiliser les armes à feu il y a bien longtemps dans le petit calibre, on peut s’étonner avec la vogue du tir à plus de 100 mètres…que les canons raccourcissent à mesure où la distance s’allonge ! Effets de mode ? La technique a souvent son mot à dire…
Nos carabines à un coup n’étaient pas si différentes dans le principe de ce qui se faisait en ISSF où les canons font entre 25,6 pouces (65 cm) et 27,2 pouces (69 cm) car plus long disait plus lourd, mettant plus de poids sur l’avant pour aider à maintenir la carabine stable et une plus longue ligne de visée puisqu’on tirait sans scopes. Bill Calfee, un des premiers pontes dans l’utilisation précise (Art of Rimfire Accuracy) du 22 LR, préconisait pas moins de 17 pouces (43,18 cm) craignant que la balle quitte le canon combustion encore en cours, et appréciait que la dernière partie du parcours soit « lissée », la décélération lui permettant de se stabiliser et se centrer avant libération.
C’est justement l’étude précise de la combustion, lors du passage de la poudre noire aux PSF qui a incité la compétition avec scopes à raccourcir les canons, possiblement plus épais pour réduire les harmoniques, et ne pas « freiner » la balle dans son dernier parcours. Certains fabricants de nos jours sont si opposés aux canons longs qu’ils ne les proposent pas, sinon sur mesures (1), car l’aspect compact (voir ci-dessus à dr.) aide à l’équilibre général de l’arme dans les nouvelles disciplines PRS (2) qui ont actuellement le vent en poupe aux USA et bientôt en Europe. Mais ce canon court n’a pas que des avantages : il est plus sensible au choix de munitions car les balles sortent plus vite étant moins freinées, et les variations de pression y ont plus d’effet.
Les munitions « lentes » subissent aussi moins de déviation au vent car le coefficient de traînée subsonique est plus faible. La sensibilité au vent de travers est certes proverbiale pour le 22 LR, mais bien plus sur cette traînée augmentant avec la vitesse que sur le temps de vol de la balle. Ce qui est le plus marrant, c’est que le coefficient balistique déplorable de la balle de type « Minié » qui n’a pas évolué depuis 1850, commence maintenant à apparaître et devenir un argument marketing sur les nouveaux produits (3) « long range »…et les canons plus long pointer de nouveau le bout de leur nez car ils seront plus indulgents aux tirs répétés en compétition, si la distance augmente et que l’impact néfaste des variations de vitesse est amplifié.
A la merci de la qualité de quelques marques de premier plan qui font toujours la même chose, produire et trier par lots, la décision technique n’est pas facile. Dès 1859 (De Dion) on avait constaté que toute l’astuce constituerait à rester tout le temps sous mach 0,75 (253 m/s) dans un canon de 30 pouces (plus de 76 cm) ou alors un canon court mais devant ménager un dispositif d’évacuation du trop-plein de gaz propulseurs dans le tout début du déplacement de la balle. Pour bien comprendre, ce qui nuit à la précision, c’est comme dans un bateau, la vague de poupe qui, plus on va vite, fait plus tanguer, ce que proposent d’améliorer les hydroptères qui placent la coque, au-dessus de ces turbulences.
Seul, le procédé « Cutting Edge » ci-contre à g. vient (5) de proposer une conception radicalement nouvelle de la balle, mais sa forme « spitzer » (pointue si vous voulez, voir archives du 15 mai 2022 concernant le 22 LR) avantage, justement les hautes vitesses supersoniques, dans un métal (cuivre tourné) qui amènera moins de densité de section, et toujours plus de vitesse, de spin, et de hautes pressions. Leur forme, et leur plus grande longueur n’arrangera pas l’alimentation. Et le taux de torsion nécessaire (4) à un chiffre (sans doute 1/7 là où l’usage en 22 LR est de 1/16) dans des canons pas encore disponibles sinon à l’unité chez certains sites spécialisés (Bartlein entre autres), n’est pas sûr d’intéresser les fabricants et les organisateurs de compétitions, campés sur leur intérêt au statu-quo ante.
On a beau tortiller le sujet dans tous les sens (et c’est, reconnaissons-le, ce que nous faisons à plaisir sur ce site), la portée pratique du 22 LR reste 100 mètres, mais pour développer ses compétences, ce peut être une base pour aller plus loin. Le 22 LR a ses propres compétitions de tir longue distance, mais il est aussi utile pour l'entraînement avec une cartouche "consommable" peu onéreuse, ni douloureuse à l'épaule en cas de séances soutenues. Le défi avec le 308 Winchester (100 m au 22 LR égalant autour de 240m au 308 Winchester plsu petit calibre de référence en LR), n’étant pas à comparer seulement en taux de chute, mais une dérive au vent bien plus problématique. Là, avec 10 km/h de vent de travers, on pourrait sans doute même pousser la comparaison de la petite munition jusqu’à à 300m !
1/ Vudoo ne fait en général, pas plus que 22 pouces (55,88 cm).
2/ Pas moins de 5 disciplines de tir aux silhouettes métalliques à différentes distances et dans des positions non académiques : à travers un soupirail, sur des barricades etc.
3/ Les récentes Lapua Long Range sont données 0.172 à 50m. quand la concurrence, testée par les calculateurs balistiques des tireurs donne 0.130, mais c’est peanuts face aux balles techniques ELD des calibres à la mode actuellement en 6,5.
4/ Voir archives du 11 janvier 2022.
5/En 2019, l’entreprise de Boise (Idaho) aligne une 32 grains pour taux de torsion classique de 1/16 et un emploi général, et deux longue distance de 42 et 50 grains.



