22 LR : par quel bout de la lorgnette ?
En cinquante ans, les conditions d’utilisation du petit calibre ont beaucoup évolué : sur le plan législatif déjà en beaucoup plus restrictif, mais aussi en matériel : de la Manu Arm « Colibri » avec une lunette 4X20 et réticule « croix de cheveux », aux armes modernes aux optiques à grossissement variable et autres « arbres de Noël » illuminés qui nous en mettent plein les mirettes. Deux armes, deux époques et cinquante ans d’écart (voir ci-dessous), mais est-ce bien raisonnable pour l’utilisation « pratique », mais bien sûr de plus en plus difficile du 22 LR ?
Quand les télémètres laser sont devenus abordables, l’utilité de ces réticules complexes s’est posée, même pour les calibres plus forts du fait de la concurrence avec le « Mildot » qui existait déjà. Le terme lui-même semblait inclure une option mil…itaire erronée puisqu’issue du « milliradian », unité de mesure impliquant l’arc de cercle. Tous ces points espacés servaient certes au réglages, mais faisaient également office de télémètre sur des cibles au préalable identifiées comme par exemple la silhouette humaine ou des véhicules. Bon, le vieux « Plex », pouvait plus ou moins faire aussi ça mais « à la louche », en moins précis, mais plus rapide : en gros, à X4, le chevreuil couché au milieu de la croix plus fine entre les deux « poteaux » était à 100m.
Le gros problème du Mildot fut de ne pas aider au départ à lire la dérive au vent, et tous les multipoints modernes sont une variante combinant les deux, la concurrence ayant bien sûr incité les marques à rivaliser de gadgets, qui entretiennent la confusion. Voir ci-dessous avec ce « Tremor » qui bouche toute la vue. Dans le varmint à courte portée de l’utilisation disons « rurale » du calibre, il faut des réticules simples car, en théorie, peu susceptibles d’être utilisés loin, ou dans un fort vent. Or, sont devenues accessibles pour nous des lunettes à grossissement variable dont il faut savoir qu’elles sont, pour la plupart, du fait qu’elles sont « illuminées », au second plan focal. Un terme un peu abscons signifiant que le réticule se trouve derrière le mécanisme de grossissement, et donc que si on grossit, les « poteaux » resteront de même grosseur. Les scopes d’entrée de gamme utilisent eux, le premier plan focal avec réticule qui suit le grossissement, ce qui n’est pas forcément un désavantage en cas de mauvaise visibilité, et permet avec un peu d’habitude d’estimer les distances.
Le 22 LR qui implique déjà d’avoir trié et fait un choix de munitions idoines pour son arme, doit tenir compte du réglage sur un taux de grossissement, toujours le même, souvent ici le plus bas X3 ou X4. Si vous passez tout à coup sur X9, le point de visée ne sera plus valide. La solution serait donc de laisser la même puissance tout le temps et jouer de la bague seulement pour « jumeller » alors ? Bien avant les réticules balistiques, on savait avec un simple « Plex » que la pointe du « poteau » inférieur permettait de tirer bien plus loin que la distance « pratique » du 22 LR. Donc, si on réduit le grossissement on allonge son point de visée précis au-delà de la distance habituelle. Morale de l’affaire, avec ces nouveaux outils, les réglages de précision doivent se faire dans la plage basse de grossissement, et tirer toujours avec si ça s’allonge un peu, sans aller à la solution de facilité de tourner le bitoniau, en l’occurrence la bague, mais en tenant compte que ce principe vaut également si on doit tirer de plus près qu’à l’accoutumée car le seul X4 ne rend pas forcément la tâche plus facile que la classique « visée fer ». Il faut alors tirer un peu au-dessus.
Plus simple, plus léger, le fixe donne des qualités optiques identiques à un prix de vente moins élevé car le diamètre du tube n’a rien à voir avec une image plus ou moins lumineuse : plus large il permettra tout au plus un champ de vision plus grand. Les scopes lourds ne sont pas logiques en plus sur des carabines le plus souvent légères en 22 LR. Et aux distances courtes, la parallaxe n’est pas en cause (1) et le plus souvent préréglée 75-100m. sur l’entrée de gamme. Après, restent les choix des facilités de réglages des réticules, les « manuels » crantés étant les plus pratiques que ceux à encoches (pièce de monnaie ou tournevis), et les « clics » en métrique (1cm à 100m.) sont plus pratiques pour le néophyte que les mesures anglo-saxonnes en minute d’angle (7,3 cm à 100m).
Comme tout le monde, nous suivons avec passion la vogue du TLD, les compétitions où on couronne des « princes » et des « rois », mais le X4 reste difficile à battre pour une utilisation de terrain. Il est en effet intellectuellement difficile de mettre une optique à 1000 euros sur une carabine qui en vaut cent, et si vous ne voyez pas de différence entre une lunette à 250 euros et une à 1000 euros, il vaut mieux choisir la première, le gap pouvant, par exemple, être utilisée à l’achat de munitions haute qualité.
1/Elle affecte plutôt les forts grossissements et des distances (300 m et plus) où l’image peut se décaler ou se flouter en fonction des mouvements du tireur ou s’il n’est pas dans l’axe.



