Dans le "jambon"...tout est bon !
Ah, il est loin le temps où, sur une succession vous pouviez débarrasser une famille éplorée, de cet étrange artefact que, jeune chasseur, nous trouvions particulièrement « ringard » à savoir l’étui « jambon » de nos grands-pères. Sauf qu’à nous prévenir quand même en partant : « eh, attention hein, il y a un fusil dedans »… pouvait révéler parfois quelques surprises ! Là, c’était un Zavattero (1) tout neuf de 1951 (2), qui fait toujours le bonheur de celui qui est devenu un septuagénaire poussif ! Plus typé que les étuis, mallettes, housses, fourreaux, valises, et même « chaussettes », ce sera dans l’esprit « vintage » la façon classique de transporter votre joli juxtaposé stéphanois, si possible, en calibre seize.
Le terme gastronomique et appétissant pour nous de « jambon » l’a emporté sur celui anglo-saxon et plus fade de « leg of mutton case », (ou de « gigot de mouton » si on veut !), car depuis 1878, il avait été adopté pour l’étui du revolver militaire 1876, puis du 1892 qui suivit. C’est la généralisation du fusil de chasse hammerless Anson-Deeley, facilement démontable en deux pièces qui amena, dans la période édouardienne cette alternative plus pratique aux luxueuses mallettes : Purdey en 1899 vendait ces dernières 73 livres contre 14 pour ce simple étui, que le maroquinier Harlington Bat faisait lui aussi à 6 livres.
Encore de nos jours, on ne peut qu’admirer le savoir-faire qui allait, à l’époque, de pair avec l’armurerie haut de gamme pour obtenir rigidité et belles formes arrondies naturelles. En 1890 elle s’obtenait avec un raidisseur en carton moulé avec doublure feutre ou laine, extérieur en cuir huilé, les faiblesses étant les joints de suture, les poignées et sangles, et bien sûr, en zone humide (dont la perfide Albion n’est jamais avare), les moisissures. C’est la raison pour laquelle les valises de type malle ajustée firent longtemps de la résistance, et que le « jambon » connut son âge d’or en France dans les années vingt car l’armurerie stéphanoise était parvenue à finalement s’imposer sur le marché de l’hammerless de qualité aboutie, mais à prix contenu.
Dans cette époque où la cavalerie était encore « montée », les selliers et bourreliers étaient légion capables d’assembler des jolies pièces de cuir fauve, quasiment sur mesure pour toutes sortes d’armes, notamment les « combinées ». Dans des tons chauds et patinés, les cuirs le disputaient en élégance aux « Rannock tweeds », et autres « Rosedale canvas » en tissus épais de de coton ou de jute collés sur plusieurs épaisseurs, et laminés de caoutchouc naturel pour l’étanchéité. Les armes trouvaient refuge dans des petits nids douillets de drap, de daim florentin, de suédine, de feutre ou de laine de mouton naturelle. Dans notre pays, avant-guerre, le « jambon » devint alors la forme répandue de transport des fusils qu’on ne pouvait porter à la bretelle comme les vulgaires pétoires des « péquins », et devint l’horizon commun des grandes battues où notaires et « villotins » venaient tirer la plume en plaine, et que dépeint si bien Paul Vialar dans « l’homme de chasse ».
Tout le monde en fit, de la Manu bien sûr, aux plus réputés comme Gastinne-Renette. Hormis l’aspect « look » qui date un peu, mais nous renvoie aux armes et à la période classique de l’armurerie française, cette formule est plus actuelle qu’on pourrait le croire, notamment côté sécurité. Rien de mieux en effet qu’une arme au repos, non seulement « cassée », mais encore séparée en deux morceaux pour le transport, enfermés, de plus, dans deux compartiments distincts. C’est aussi une manière élégante et pratique de ranger sans effort son arme dans le coffre de n’importe quelle voiture car cet étui est très court, autour de la longueur des canons, et maniable. Un plus appréciable quand on est plusieurs dans le même véhicule et que les copains cherchent partout où glisser les longs « gun slips » des interminables « automatiques » ! Le « jambon » lui, tiendra entre vos jambes, facile à manipuler et à caser à l’avant…
Défaut de ses qualités, la parfaite fonctionnalité du conditionnement peut inciter, de retour au foyer, à tout laisser en place pour repartir de bon matin le lendemain, et libre cours de s’installer à l’humidité ambiante et la fleur de rouille qui va avec. L’entretien sera aussi autre chose que le plastoc ou le synthétique « made in China », et là il faudra retrouver, comme pour les armes anciennes, certains reflexes : massages à l’huile de pied de bœuf, surveiller les coutures en fil serré au point de sellier à badigeonner de temps en temps avec un petit pinceau. Le plus sympa pour le nostalgique des « sixties », sera de chercher sur Internet où au « Bon coin » (à ne pas confondre avec le « petit » hein !) on trouve de tout à pas cher, sachant qu’il faudra parfois bricoler, épaulé par les baumes et cires réparatrices car il y a souvent des faiblesses sur les brides, les fermoirs, et les bandoulières d’ailleurs souvent manquantes. Dans le haut de gamme, souvent venant d’Espagne en neuf, on trouve de tout autour de 500 euros, et même de l’occasion à deux fois moins.
Sans trop pleurer sur l’ambiance d’autrefois, ni se la jouer « classe », face aux copains donnant dans le « camo » et le gore-tex, reconnaissez quand même qu’il est agréable de transporter une belle arme correctement emballée dans son étui relique d’une époque disparue qui nous tient chaud au coeur. Et puis, comme les cartouches en carton, il y a cette incomparable odeur de vieux cuir, de patines antiques que l’on retrouve dans les vieilles armureries de campagne et qui se marie si bien dans le garage avec les effluves d’une bière « stout », les vapeurs d’un havane, ou les relents d’un vieux bourbon, qu’apprécieront les vieux…barbons que nous sommes hélas devenus !
1/ Zavattero frères, Louis basculeur, et Jean-Baptiste Fortuné (dit Joanny) qui, lui, fit des fusils complets étaient en 1880 installés à St-Etienne 24 rue Tissot et le 16 janvier 1906, montèrent à St-Bonnet-le-Château (commune proche de St-Etienne, où prospèrent actuellement les Ets Chapuis) une usine ultra-moderne pour l’époque, incluant tout le processus armurier : mécanique, forge, bois et travail à façon dans les environs. Dès 1870, ce bassin initialement serrurier avait basculé dans l’armurerie artisanalement proche, et profité de l’arrivée du rail en 1873. En 1926, cette commune recensait 400 salariés de l’armurerie : Zavaretto et Montcoudiol qui travaillaient aussi pour les stéphanois proches comme Mimard et Gaucher. Comme tant d’autres Zavaretto frères souffrirent de la guerre en Algérie, du marasme de l’armurerie française lié à la disparition du petit gibier et notamment du lapin de garenne à partir de 1956 (myxomatose). L’usine de St-Bonnet-le-Châteaufut vendue en 1937, et la marque disparut définitivement en 1968. Mettre la main sur un Zavaretto à petit prix en bon état de l’âge d’or de la chasse française des années 50-60, est une aubaine à ne pas laisser passer…pour celui qui sait !
2/ Les modèles de base qui se faisaient en 12-16-20, étaient à système triple verrou « Hélice » (voir archive du 6 janvier 2015), le « Cynéa » jaspé, et un peu plus haut de gamme le Focor standard et luxe, finis à la pierre, bretelle automatique (comme sur les Robust et Idéal) et finitions particulières comme les canons « Isochrom », inscription ISC dans un losange. Comme beaucoup, ils employaient des canons belges (Lovinfosse), mais aussi stéphanois (Heurtier), et même leurs propres productions siglées ZF.







