Sanbglier et 30-06 : pour faire (et tirer) court
Dans notre petit monde de la battue, c’est la ruée : sur les semi-autos à base mécanique BAR, et le fameux calibre qui n’étant plus (depuis 2013) dit « de guerre », est mis à toutes les sauces et paré de toutes les vertus. Mais vu le nombre de chargements disponibles c’est un peu la bouteille à l’encre, et on entend dire qu’il faut de « bonnes balles » comme on dit un « bon Bordeaux » ! Mais un St-Emilion n’est pas forcément un Pomerol…
Un peu de bon sens, il s’agit d’une balle de « 30 », comme le 308 et le 300 WM, mais pas avec le même « flacon » derrière. Le 30-06 Springfield, longtemps cartouche réglementaire américaine était considéré autrefois comme intermédiaire, mais les choses ont bien changé avec les balles et poudres modernes qui offrent bien plus que nécessaire. Au pot d’après-battue on entend toutes sortes de fadaises sur les cartouches et balles de chasse et avec le 30-06 c’est amplifié du fait des centaines de chargements qui donnent le tournis, les armuriers-vendeurs compliquant la donne pour vous orienter vers où ils margent le plus, et pas forcément vers ce dont vous avez besoin.
Toutes les munitions « Premium » (comprenez…chères !) sont bonnes mais inutiles à moins d’évoluer sur le territoire de très gros sangliers. Ces balles techniques ou « bonded » (collées) s’opposent aux anciennes « cup and core » dont la technologie date de 1933 (Remington Core-lokt, Speer Hot Core, Winchester PP) et peuvent se comprendre pour les calibres magnum. Nous allons bientôt le voir en examinant le cas du 300 Winchester Magnum, omniprésent autour de nous, et depuis plus longtemps encore que le 30-06. A l’extrémité inférieure de la puissance requise pour un animal donné, elles offrent un peu plus de marge de manœuvre, et tiennent mieux ensemble à vitesses élevées, mais ne donnent pas d’avantages significatifs à distance « normale », par exemple sur sanglier moyen aux courtes distances de la battue hexagonale.
Appuyons-nous déjà sur l’abondante littérature américaine consacrée à ce calibre utilisé massivement face au cerf de Virginie : 43% utilisent la balle de 165 grains, 37% celle de 150 grains, et 15 % la balle de 180 grains. Avec le sanglier de même poids mais à peau beaucoup plus épaisse et plus résistant, le raisonnement de « balle lourde pour le calibre » prend ici tout son sens, et les balles basiques seront difficiles à battre, car plus lourdes et plus lentes endommageant moins la venaison, et permettant par leur prix accessible d’en tirer beaucoup et donc de soigner le placement. Certains états où se chevauchent le cerf de Virginie et le wapiti beaucoup plus gros (1) prévoient justement ça, et c’est pour cette raison que la Core-Lokt 180 grains reste toujours dans les trois balles les plus vendues aux Etats-Unis.
Tant que le calibre est adéquat, et de fait, tout ce qui sort d’un 30-06, même en 130 grains (2) est capable de stopper un sanglier, et qu’il existe des balles lourdes et c’est le cas (3), les balles « premium » sont superflues. Elles s’imposent surtout si le gibier monte en poids dans des calibres plus petits, car elles restent par conception homogènes aux vitesses rapides dont elles ont besoin pour expansion. Autre chose, l’avenir du « 30 » comme pour tout le monde va vers les monolithiques sans plomb et donc toujours et encore vers des balles grosses, longues et lourdes.
1/Les plus gros whitetails pèsent 70 kgs, et les wapitis jusqu’à 330 kgs !
2/Ralph Walker (1931-1987) armurier de Selma (Georgie) collaborateur de Gun Wold (1970), dans les bois profonds et inondés de l’Alabama où on tire à moins de 50 m préconisait la balle de 130 grains.
3/ Véritable best-seller, le 30-06 (7,62x63) peut monter jusqu’à 220 grains.



