Une ou deux détentes pour le "deux coups" ?
Le débat ne se posait pas à l’âge d’or de la chasse française, et la détente unique sélective peut-elle redorer le blason de ce qui représentait un siècle et demi de perfection mécanique et de style que la répétition et l’automatisme ont réduit au stade d’artefact primitif ou d’antiquité bizarre ?
C’est devenu maintenant un choix personnel que nous n’avions pas il y a bien longtemps, à l’âge de douze ans quand le grand-père nous fit essayer son calibre 10 à chiens et canon damas de 62 qui faisait certes de belles flammes bleues au crépuscule…mais nous fit aussi saigner du nez, et lui valut un sacré savon par ma mère au retour…Comme tout le monde, quelques années plus tard, permis enfin en poche, on se jeta sur le premier venu, un joli petit 16 stéphanois…avec lequel on enfuma tout ce qui volait et courait avant de passer aux choses sérieuses, et rejoindre la cohorte des jeunes chasseurs actuels qui emploient la détente unique sur les superposés de tir, et les semi-automatiques.
La détente unique sélective est née du sport, de la poignée pistolet, de la rapidité escomptée entre les deux tirs qui a pu séduire certaines chasses particulières où, comme à la bécasse, on n’entrevoit l’oiseau qu’un quart de seconde entre deux arbres. Le débat sur la fragilité du système inertiel n’a plus cours, résolu par les améliorations de fabrication, et plus de place dans le pontet pour pouvoir tirer avec des gants, peut être contrebalancé par la sélection plus difficile à actionner avec cette protection contre le froid aux mains.
C’est du côté de la chasse pure qu’il faut se positionner pour analyser les atouts restants des classiques deux « gâchettes », terme impropre bien sûr, mais si évocateur dans notre parler d’autrefois où l’on vantait l’atout d’arpenter la campagne avec « deux armes en une ». Le choix instantané de la charge et des chokes pouvait se comprendre au moment où, fixes, ces derniers étaient en général bien plus serrés, et tiraient des munitions ayant moins d’écart de qualité et de poids de charge que de nos jours. Le chasseur rural s’approvisionnait à l’armurerie la plus proche qui pouvait encore fabriquer une petite gamme, par force réduite, de munitions plutôt standard, entre 28 et 32 grammes et avec des bourres grasses.
La différence se faisait plutôt là, dans la qualité des bourres (Iris, Gabel, « roses », etc…) que des rétreints fixes, universellement quart-trois quarts, ou demi-full. A savoir quand même qu’avec les amovibles, si on tire à l’opposé, (exemple full-lisse, et des munitions modernes, de base, ou performantes genre mini-mag), on surestime donc l’avantage de la sélection instantanée des chokes. Les chasseurs spécialistes ont aussi plus de choix d’avoir une arme dédiée qu’autrefois où le bécassier par exemple devait passer chez l’armurier pour suraléser et avoir deux coups en lisse quand le sauvaginier, à l’opposé, devait tenir compte des distances variables de tir : de près au-dessus des formes, ou de loin à la passée. Au chien d’arrêt à la plume, le « deux coups » devait tenir aussi compte de ces problèmes de distance, un jeune chien qui bourre par exemple ne donnant pas le temps de se placer permettait le « coup long » sur un faisan déjà lancé. Actionner en premier ce second coup pouvait envoyer l’index sur la première détente que les fabricants soigneux prévoyaient mobile vers l’avant.
A l’heure actuelle, les fusils « light » à chokes amovibles permettent bien plus de combinaisons, et c’est plus pour le look « classique », et les droitiers à œil droit très dominant que le plan de visée large du juxtaposé qui « souligne » la cible, et plus penté, fait monter la charge, tire désormais son épingle du jeu. Le plus important forum américain donne toujours l’avantage (52% contre 47%) à la double détente, chiffre assez semblable à celui de la grande marque britannique Holland-Holland (56% contre 44%). Nos goûts changent-ils avec l’âge, et d’autant plus que les revenus s’améliorent ?
Nous qui avons au départ détesté les « juxtas », et tiré ensuite avec un peu de tout, (et même maintenant, sur le tard avec un fusil à pompe !), regardons quand même toujours avec tendresse ces vieux de la vieille qui se sont peu à peu accumulés par nostalgie et élégance de la crosse anglaise au fond de l’armoire…mais avec lesquels on fonctionne toujours aussi mal ! Ce sont en 12 et encore mieux en 16, les compagnons des marches solitaires hivernales, sans pression, aux lisières des grands bois, pour tester quelques cartouches « home made », des 28 grammes, avec les bourres d’antan, auxquels on pardonne volontiers quelques quintes de toux, et des trajectoires, comme nos déambulations…devenues « oups ! » avec l’âge incertaines !




