Un café O.K. : mais avant...ou pendant la chasse ?
Les internautes ont pu sourire à notre petite évocation (1) de la cérémonie du « miot » de café avant la chasse, mais nous ont tous immédiatement objecté « oui, mais attention, ça fait pisser » ! Sacrebleu nous aurions dû y penser, ce qui veut dire que ça fait bouger davantage, quitter le poste, rendre nerveux, mais aussi peut-être, comme la fumée de cigarette (2) faire fuir le gibier…ou l’attirer ?
Dans notre diane communale, avant la battue du samedi c’est devenu un rituel, de faire tourner la cafetière, avec même pour certains, ce qui n’est plus guère conseillé de nos jours, la petite « sèche » parait-il « pour la chance » ? Il est vrai aussi qu’on est par ici en plein pays de la « goutte », aux confins des trois provinces de l’Ouest... Contrairement à la sauvagine, on n’emmène pas de thermos, mais la question qui se pose ensuite, qu’on soit un néophyte (ou surtout un vétéran grisonnant tourmenté par la prostate !), c’est qu’il faut plusieurs fois aller prestement, (sans même parler des dames chasseresses chez qui cette routine de plein air est encore plus compliquée), de l’arme à la braguette, puis manipuler avec les mains (aïe, le plus souvent gantées !), un engin d’un tout autre calibre que celui qui fait "boum"…
Après, se pose la question de l’odeur qu’on laisse : en théorie 95% d’eau avec un peu d’ammoniac, d’urée, chlorure de sodium, potassium et autres composés organiques. Il y a peu d’études sur les effets de l’urine humaine sur la vie sauvage, la plupart du temps statistiquement décevantes (3) par le manque de différences marquantes observées avec toutes sortes d’odeurs parasites : autres espèces sauvages, cervidés en chaleur, ou de déodorants automobiles. Les animaux on le sait (voir les chiens) peuvent s’en servir pour marquer leur territoire, donc communiquer, mais il est peu probable que cette odeur intrigante pour le grand gibier soit associée systématiquement à la prédation humaine.
Il faut aller comme toujours aux Etats-Unis pour trouver des informations contradictoires sur le sujet : la Pennsylvania Game Commission déconseille à la chasse d’affût au whitetail toutes odeurs de d’aliments et de tabac, et il a fallu en 1994 les articles de Charles Alsheimer pour la revue Deer Hunting pour savoir que si 75% des chasseurs s’en foutaient, 15% croyaient dur comme fer que l’urine humaine pouvait attirer le gibier. Il en faisait partie misant sur les vertus de l’ammoniac, tout comme Ted Nugent, ancien rocker converti en influenceur dans les milieux chasse et NRA. Brian Kinkel un chercheur du Tennessee qui grâce à des caméras judicieusement placées avait pu prouver en 2000 que les bois disposant de miradors permanents étaient plus délaissés que ceux ayant des stands mobiles avaient aussi mieux fixé les photos d’animaux nécessaires à son étude grâce à ce dispositif où l’urine humaine, selon la météo, peut persister de 5 à 14 jours.
Les archers, bien sûr ont une approche encore plus fine du problème sur déjà l’élimination des odeurs humaines qui peuvent être détectées à des kilomètres par les cervidés et suidés possédant même un peu plus de détecteurs olfactifs que les chiens. Ils disposent même d’urine de biche synthétique en plus qui, (comme le bon vin ?), a le mérite de se conserver plus longtemps.
Alors, au vent ou sous le vent, laisse-t-on un message différent dans les bois : en aspergeant copieusement son bas de pantalon et odeur qui vous suivra partout, ou en évitant (comme les renards) directement le sol et en visant habilement points hauts bûches ou rochers ? Mais, comme on l'a vu, en plus de vous faire remarquer dans la ligne des invités, de telles acrobaties sont à déconseiller quand on est, dans la bise, engoncé dans des couches de culottes et de caleçons à manipuler avec des mitaines ! A vous de choisir, et comme un copain, en cas de bredouilles répétées, tentez la théorie du pire où, pour conjurer le sort il faut se rendre à « Couillonville » aussi mal préparé que possible : en claquant les portières, parfumé « d’after-chèvre », la clope au bec, en interpellant le voisin, et arrosant copieusement les alentours. Si, par hasard, vous faites le gros keiler de la journée, vous saurez si ça marche !
1/Voir archive du 4 décembre 2023
2/ Et celle du 30 octobre 2023
3/ Etude en 1998-1999 des chercheurs Koerth-Kroll de l’Université d’Austin (Texas) en comparant 4 sortes d’urines animales et humaines où cette dernière arriva souvent en bonne position comme attractive mais à relativiser « urine ou eau de Cologne bon marché, toute odeur étrange non menaçante pouvant susciter la curiosité des cervidés ».





