22 LR : bref survol du bench-rest U.S.
Qu’on pétarade sur les ragondins avec sa vieille Manu-Arm, ou qu’on soit « prince of 22 » à Caylus, on a toujours besoin d’un minimum de précision, et les compétitions actuelles qui ont le vent en poupe en ce moment, sont plus ou moins issues du mouvement U.S. particulièrement poussé au niveau scolaire et universitaire autour de quelques armes emblématiques.
La concurrence entre Winchester et Remington jeta un peu les bases du RFBR (Rim Fire Bench Rest) quand Mike Walker (1) pour contrer le succès du Mod. 52 de la firme de Newhaven, sortit sur base du modèle 37 (1937-1955) le 40X (1965-1975) en deux séries : match-varmint, et BR soit en single soit à répétition. Au rythme de 500 carabines par an environ, 16 400 furent produites sur 35 ans, permettant une précision exceptionnelle : groupes de 1,27 cm à 50 m ; à 100 m : 7,62 cm et 38 cm à 300 mètres avec les munitions « match » de l’époque de marques Eley et RWS. Voir le « carton » ci-dessous explicite de la précision de ces armes à 50 mètres !
Dans les années 90, quand commencèrent les compétitions ARA, les canons Lilja tenaient la corde, vite rejoints par ceux de la concurrence armurière effrénée qui existe aux USA : Shilen, Broughton, Rock Creek, Benchmark, Müller Works, et sans doute bien d’autres encore. Les innombrables armuriers spécialistes par états (2) entrèrent dans la danse pour proposer toutes sortes de combinaisons gagnantes : Win 52 à canon Remington 37 (du vainqueur Selby Whright en 1992 par exemple), détentes Timney et Jewell, crosses Mc Millan. Entrèrent bien sûr dans la danse les carabines européennes Anschütz (54 et BR 50), puis surtout beaucoup moins onéreuses et faciles à « customiser », les est-allemandes Sühl 150, massivement importées par Jim Williams de Stone Mountain (Géorgie).
Avant, il faut expliquer que la compétition engage à 50 m, 25 cibles par séquences de 20 minutes avec un système suffisamment onctueux pour ne pas perturber la stabilité de carabines certes lourdes (6 kg en moyenne) et qui tirent beaucoup (3). Le « bedding » est impératif, les harmoniques étant critiques dans le petit calibre, le canon flottant, les vibrations doivent plutôt être orientées vers la crosse et l’action y est semi-collée (Loctite steel qui tient 20 ans), la couche adhésive finale étant souvent le vrai secret des performances de la carabine. Les avancées techniques y sont décisives, sur les canons comme le « riflage » Benchmark à deux rainures et taux de 1/16,5 de Bill Myers père des canons modernes qui avait travaillé avec Bison Barrels (Wyoming) avant de racheter l’outillage et de s’installer en Virginie. On voit ici une de ses carabines.
Sur les actions, Flash Ebert (1936-2011) d’Odessa (Texas) en utilisant des aciers alliés modernes sans déformations liées aux traitements thermiques, et un outillage au diapason, relança le verrouillage horizontal sur base Win 52. Cette action « Turbo » (4), unique à bien des égards (5) marqua son époque, et fut un peu reprise par Bill Calfee, de Borden (Indiana), auteur d’un ouvrage célèbre et référence de tous les amateurs mondiaux du petit calibre. Il construisit près de 240 carabines autour de cette action, pas toutes alignées d’ailleurs en compétition, soit assemblées (canons Shilen, détentes Timney 202 qui peuvent descendre à 56 grammes) soit suscitées de toutes pièces dont sa fameuse série de 7 exemplaires « SPEC » dotée de noms pittoresques (6), et devant selon lui « être d’une précision absolue et d’une apparence époustouflante ».
Dotées de doubles percuteurs dont un à « 6 heures » (7), de chambres coniques, ces carabines qui gagnèrent nombre de matches régionaux ou d’Etats valent bien sûr une fortune, et se collectionnent à prix d’or, Bill Calfee ayant aussi chambré autour de 75 Remington XP 1000, utilisés aux silhouettes métalliques pour le 22 Long Rifle. Le BFBR et tous les tirs 22 long rifle bien sûr étant très populaires, restent très accessibles avec d’autres marques de haut niveau Cooper, Kimber pour les armes à verrou, Volquartsen et Kidd pour la très répandue Ruger 10/22, CZ bien sûr est partout et mis à toutes les sauces, mais on bricole même voir ci-dessous, (heureux pays pour les tireurs), des « customs » sur base de la chinoise Norinco à 100 $ !
1/ Mort en 2013 à 101 ans, Mike Walker fut le concepteur des modèles 700-721-722 à percussion centrale, tireur de bench rest, fit breveter des systèmes de détente, directeur du Custom Shop Remington.
2/ Liste non exhaustive hormis ceux déjà cités dans le texte : Gene Davis (Ohio), Randy Ledger (Louisiane), Butch Hongisto (Missouri), Allen Hall (Alabama), K.C. Young (Virginie), Chet Atkins (Maryland), Lamon Loggins (North Carolina).
3/ Joe Friedrich champion ARA 2006 avait tiré 70 000 balles en trois ans.
4/ Flash Ebert, mécanicien de talent, était aussi fan des « muscle cars » ce qui explique ce nom à forte consonnance automobile !
5/ L’action seule se vendait 850 $ en 2000, et elles se négocient encore de nos jours 1200 $ sans canon ni détente.
6/ Raging inferno, True Grit, Georgia Shaker, Black Death (2008)
7/ Pour percuter là où la poudre à tendance à s’accumuler dans l’étui trop grand pour un calibre conçu à l’époque de la poudre noire, et où la PSF a tendance à se promener dans l’étui trop à son aise.





