Quel plomb pour les grolles ?
Aucun ou n’importe lequel ? Cette chasse sympa et addictive qui mêle régulation rendant service aux agriculteurs et à la Nature en général (1) offre aussi pas mal de similitudes avec les autres chasses d’affût, mais avec des particularités à ne pas négliger. On ne va qu’effleurer ici le dispositif « lourd » des grosses régulations de printemps (2), et montrer comment en fin de saison, et que la palombe se fait rare, se confronter en « light » à ce bandit rusé, intelligent et même oui…oui, comestible (3).
Justement, le pigeon aura permis d’observer les couloirs de fréquentation entre les dortoirs, et les zones d’alimentation dictées par son métabolisme élevé, l’obligeant à une recherche insatiable de nourriture, le rendant omnivore, grégaire et vulnérable par ses déplacements incessants. Pas de vent ou de pluie, matin frais et brumeux, il se réveille avant l’aube, la routine matinale le voit aller au gagnage où il passe deux bonnes heures par petites vagues, fait (comme nous autres ! ) la pause à midi, puis patrouille ensuite à la recherche de toute bonne occase. Les individuels vadrouillent alors en silence et s’engagent mieux aux formes, minimum une bonne demi-douzaine, ce qui favorise les pliables portables en néoprène, comme les pigeons quand on va équipé léger.
S’ils vous voient installer les leurres c’est plié, car ils auront vite compris que quelque chose cloche quand ils voient des congénères aux prises avec des humains. Même chose pour l’affût à installer en premier, que les « pros » préconisent tout en « naturel », car le tissu flottant au vent fera tache. Après, il s’agit d’aller vite en besogne pour « piquer » : bec au vent, mais moins impératif que les pigeons, et moins ordonnés en « vagues », mais en ménageant quand même une « poche » pour la pose. Celle-ci peut survenir subrepticement, au ras du sol, alors que vous avez plutôt les yeux au ciel. Surtout ne pas bouger un cil, l’oiseau est sur ses gardes, prêt à repartir. Ayant la mémoire de tout, des chasseurs qui entrent dans le bois, des modifications du paysage, il faut faire fissa, filet et pinces à linge plutôt qu’un tas de nœuds, en faisant des choix d’axes de vue et de tir, dos au soleil et au vent (4), à l’ombre de taillis bas plutôt que de grands chênes qui les feront voler haut. Le camouflage (gants, masque) devra être adapté à la saison, sans visière qui peut gêner la vision au-dessus de la tête quand un isolé arrive inopinément, sans s’annoncer.
Pour les formes, il faut aller vite sur un biotope qui peut être différent de celui du pigeon : pas forcément des écots de maïs, mais aussi sur des zones végétales à faible croissance où les oiseaux devront voler plus bas pour repérer de la nourriture potentielle : insectes, mollusques, charognes diverses et (a ?) variées. Il faut reproduire la scène familière de l’éclaireur déjà là, perché plus haut que l’ensemble, sur un arbuste ou un piquet de clôture. Cette sentinelle peut être un juvénile nerveux ou un vieux sage qui, sceptique, se perche pour mieux voir avant de s’engager, et appelle les collègues à l’aide dans le doute. Immobilité absolue requise dans cette petite musique de coâssements qui peut durer un bon bout de temps. Même chose au tir où il ne faut se décider qu’au dernier moment, tout mouvement amenant une embardée sur l’aile, esquive à 360 ° encore plus accentuée par grand vent.
Le vol lent, rectiligne peut tromper, tout comme l’hésitation sur les groupes d’où la tradition qui dit justement de prendre systématiquement l’oiseau de tête. Tirer la sentinelle se discute car bien sûr on rate la possibilité de doubler, mais il est particulièrement jubilatoire de la tirer quand elle vient au tourniquet (5) et vous charge au ras du sol, toute envergure des ailes déployée pour effrayer les intrus, après avoir observé prudemment le manège à distance (6). Dans cette chasse furtive et discrète, à la dérobée il n’est plus question comme aux grandes régulations de printemps où on tire à l’aube dans le demi-jour à 25 mètres, d’utiliser lisse ou IC du #7,5 où le reliquat de cartouches rouillées qui traînaient dans le vieux paletot. Calibre 12 full et #6 à moins de 40 mètres, et même #4 plus loin.
Les corvidés ont en effet ceci de particulier que d’être aussi résistants et nécessiter le même plomb que le faisan, pourtant trois fois plus lourd, et qu’il faut vite fait achever les blessés au sol qui vont ameuter tout le voisinage. Contrairement au pigeon où c’est interdit, vous pourrez utilement vous servir des cadavres comme formes, en les plaçant au plus près de votre cachette car, moyennant quelques brindilles ou petites pierres judicieusement placées à bon escient, ils font le leurre plus que parfait !
1/ Utiles certes par certains côtés, les corvidés sont des prédateurs cruels qui déciment les jeunes couvaisons (une centaine d’œufs par an, par individu), et dévastent les semis de maïs au printemps lesquels doivent parfois être repris trois fois par les agriculteurs qui, on les comprend, pestent à raison.
2/ Les associations de chasse habilitent chaque année des volontaires qui, la veille, peaufinent les affûts avec le plus de branchages et artifices naturels possibles sur les voies de passage. Le tir au lever du jour, se fait de près, sur les formes au printemps. Aux USA voir affiche plus haut, il existe même des "concours" de régulation.
3/ Tout comme le ragondin dit aussi « lièvre des marais » ce qaui semble indiquer sa nature "comestible", les magrets, mélangés à ceux de palombes après une bonne marinade peuvent tromper n’importe qui en pâté.
4/ Comme la plupart des oiseaux (et des avions !) la pose et ses approches se fait face au vent, et donc au chasseur de se positionner en conséquence dos au soleil et au vent.
5/ Massivement utilisé aux régulations communales, il n’est pas recommandé en période de chasse où il est interdit au pigeon. Face à un garde soupçonneux, il faudra être manifestement face au mauvais garçon des bois, et pas face à l’oiseau bleu. Donc bannir dans le paquetage toute forme de pigeon et attitude équivoque, car ces derniers viennent aussi souvent aux formes de corvidés, oiseaux méfiants qui tranquillisent les autres espèces de volatiles. En plus, ce n’est pas vraiment la période de régulation et le représentant de la loi saura vous le dire. Malgré tout, le tir des corvidés est encouragé toute l’année quand l'occasion se présente.
6/ A remarquer, ces poses au sol, sont toujours éloignées des obstacles naturels, talus, bois, en gros, d’une portée de fusil, fruit sans doute de l’atavisme, et d’une longue expérience amère de tels coups de fusil au détour de la haie.




