Dans la nature...ou la balade du promeneur armé !
Dans la Nature...ou la balade du promeneur armé !
« Un cha-sseur-doit-sa-voir-cha-sser-sans-son-chien ». Est-ce plus dur à dire qu'à faire ? La vie moderne, particulièrement citadine, ne permet pas forcément de se doter du « meilleur ami de l'homme », et le chasseur qui en est privé, est-il sempiternellement comdamné à la bredouille ? Voici donc un petit modus operandi pour les « randonneurs cynégétiques » qui n'ont pas la chance de pouvoir promener toutou...
Quelques utilités pratiques avant de commencer, voyons d'abord la tenue. Comme on va pas mal crapahuter, faut du léger, et du camouflé. De ce côté, faut un peu réfléchir avant de se lancer dans l'achat de tenues pas toujours mimétiques et souvent chères. Visez le surplus, mais en bannissant ce qui est trop vert, car dans le paysage tout n'est jamais vraiment que de cette couleur, et si, ma foi, c'était efficace, Dame Nature dans sa grande sagesse aurait peint les renards, chevreuils
et sangliers de cette couleur n'est-ce-pas ! Bannissez les bottes, trop lourdes qui feront qu'à la fin de la journée vous en aurez justement « ... plein les bottes ! » Il existe maintenant d'excellentes chaussures de chasse à tige basse qui avec des guêtres, vous mettrons à égalité avec les plus agiles randonneurs ou pélerins sur le chemin de Compostelle. Un chapeau à larges bord, assorti à la couleur d'ensemble avec dominante d'ocres, de beiges, de moutarde sera préférable à une casquette car il protégera tout aussi bien de la pluie que du grand soleil, et vous mettra le visage à l'ombre, autre manière se se camoufler, cette tache blanche, comme celle des mains (gants légers obligatoires donc) se voyant de fort loin. Une écharpe-filet pourra servir de ceinture, de cache-col pour démarrer le matin dans la rosée, de sous-cul pour s'asseoir, de « pouchon » si on ramasse des champignons ou des fraises des bois, et bien sûr de camouflage dès qu'on s'arrêtera pour se poster.
L'armement: dix cartouches dans un panel serré en haut, dispersant en bas, suffiront à alimenter un fusil léger et souple en 12, de type superposé par exemple, muni de sa bretelle fort utile comme on le verra plus loin pour les nombreuses pauses où on va « jumeller ». On emmènera donc ces « binocles » pas forcément lourdes et à fort grossissement car on n'est pas en montagne que diable. Des minuscules 10X25
qui valent six sous en grande surface suffiront bien à identifier ce qu'on aura, du coin de l'oeil, entraperçu. Un fort couteau, de type « Bowie »servira à se dégager des ronciers, à se tailler une canne, et fort utile aussi pour casser la croûte : un peu d'eau, un quignon de pain, une pomme, une boîte de pâté et vous serez paré pour la journée de rando « armée » !
Maintenant, le comportement.
Si vous connaissez un peu votre terrain, partez « à bon vent », c'est-à-dire, ce dernier dans la figure, en privilégiant un aller dans des secteurs où vous êtes censé voir du gibier, et retour par un secteur ou des lisières boisées où, en fin de journée, vous serez au moins camouflé visuellement, et aurez plus de chance de tirer au vol un pigeon par exemple.
Face au vent vous aurez plus de chance de surprendre des gibiers qui, comme le chevreuil par exemple ont l'odorat cent fois plus développé que nous. Bien sûr, auparavant vous aurez évité l'after shave agressif, de fumer, de laisser votre veste de chasse près de la cuve à gas oil, à sécher près d'un barbecue. Eviter aussi de la laver autrement qu'à l'eau claire et au savon de Marseille. Les lessives agressives, les adoucissants contiennent des produits qui les rendront phosphorescents aux yeux du gibier. Sans aller dans les excès des puristes comme les chasseurs à l'arc qui mettent leurs tenues à « mariner » dans des tonneaux remplis de feuilles, la veste de chasse ou le treillis doit rester « dans son jus » d'odeurs naturelles de feuilles, de terre. Le mieux, comme autrefois est de la placer dans un cellier aéré, près du tas de bûches ou des fagots.
Allez hop, nous voilà partis, le fusil sur l'épaule. D'abord, marcher lentement, la journée va être longue d'autant que le terrain, beaucoup plus qu'avec un chien où on traverse et on « bat » les landes, nous impose des itinéraires plus longs. Comme les renards en maraude on va suivre les talus, toujours au Nord, du côté à l'ombre, s'arrêter souvent pour sortir les jumelles, chercher des trouées dans les sous-bois, les lisières à mi-pente pour éviter de se silhouetter sur les crêtes, ce qui rapellera quelque chose à ceux qui ont crapahuté dans le djebel. De la même manière, il faut éviter de s'approcher des fermes et habitations, ce qui fait aboyer les chiens, donne l'éveil au bétail que vous devrez soigneusement observer. Vaches et encore plus chevaux et autres corbeaux vous diront immédiatement si vous êtes mimétique, bien fondu dans l'environnement, invisible pour tout dire, mais voyant tout ! Tout un troupeau de génisses regardant du même côté, vous fera peut-être découvrir dans l'objectif, deux cent métres devant, un renard en train de « mulotter ». Instants rares où vous ne faites plus qu'un avec les arbres, les rochers et les buissons.
Suivant les haies, vous avancerez prudemment la tête, avant de vous engager dans le champ suivant. Près des ruisseaux, des plans d'eau même attitude, des ronds dans l'eau traduisent une présence, et les empreintes marquent mieux près des mares.
Dans tous les cas, votre marche lente, prudente, alerte, mais ne presse pas comme le chasseur traditionnel, le gibier qui, le plus souvent, vous partira « dans les pattes ». C'est donc un tir difficile où on a moins le temps de se préparer, mais qui développe l'instinct de chasse et de tir. A vous aussi d'avoir une éthique face au gibier : on ne tire que ce qu'on lève soi-même, bien sûr pas au gîte (lièvre), ni un oiseau « cantonné » qu'il sera bien facile de faire bouger après un face à face de quelques minutes, parfois palpitant. Seul le pigeon, parfois peut se tirer ainsi « branché », (comme dans le Sud-Ouest) ce qui n'est pas toujours évident eu début de saison quand la végétation est encore très fournie.
Dans le contexte communal, cette chasse « du pauvre » sera pas forcément reconnue, car considérée comme une chasse « de raccroc », de rôdeur ou de maraude, proche de celle des « bracos » d'autrefois, du personnage de Raboliot, cher à Maurice Genevoix. Mais c'est l'essence même de la pratique des chasseurs-cueilleurs d'autrefois, avant même qu'on invente celle « à cor et à cri ». On y voit plein de choses qu'on ne voit pas quand on passe sa journée à courir et à crier derrière les chiens : crottes, fientes, coulées, plumes. Le naturaliste averti cueillera des simples, sans oublier même, quelques champignons
, fruits, noix, chataignes ou nèfles des bois. Pas de pression, pas de tension, c'est une chasse où seule la liberté guidera vos pas, avec des comptes à rendre à personne (surtout si on...rate !) et où on apprend toutes les subtilités d'un territoire, ou encore réunir par des itinéraires discrets des terroirs distincts où l'on verra ici du pigeon, là-bas des chances d'apercevoir un couple de chevreuils.



