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21 février 2017

Au temps de la "balle franche"

Cette  rubrique a longuement développé déjà le tir à balles dans les fusils lisses, les différentes sortes de projectiles désormais sur le marché, mais pour en arriver à cette grande diversité très technique (balles ensabotées, empennées, canons rayés) essayons de voir comment on procédait autrefois, disons, avant la Grande Guerre.

pret au tir

 

A cette époque peu ou pas de carabines, le fusil de chasse était « à tout faire » et dès le XIXè certains fusils dits « pour la balle franche » étaient vendus avec un moule permettant de se fabriquer des balles plus ou moins sphériques dont la précision, on s’en doute, était assez aléatoire. Mais déjà certains chasseurs se « bricolaient » des projectiles spéciaux en y noyant un clou ou en y fixant à l’arrière avec une vis, une bourre faisant office de stabilisateur et qui sera popularisée voire officialisée ensuite par la fameuse Brenneke.

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Ce fut l’apparition des chokes qui obligea à réfléchir comment éviter la surpression en bout des canons, et donc des projectiles plus ductiles avec des cannelures, la Brenneke était née et derrière elle la réflexion sur d’autres solutions, balle Blondeau, Wonder, etc. Les rayures avaient été employées déjà dans un but de dispersion sur les fusils de chasse avec le système Paradox en bout du canon, dont on se rendit compte qu’il améliorait aussi grandement la précision des balles franches. Il fut beaucoup utilisé en Afrique « aux colonies » comme on disait alors et nous lui consacrerons bientôt un sujet complet. Mais on utilisa aussi la rayure sur tout le canon avec un pas très long réduisant un peu la vitesse, mais surtout dans un but d’amorce de rotation cependant moins efficace que de nos jours les 2,20 g de poudre T en calibre 12 ne permettant pas de dépasser les  350 m/s.

Il faut aussi savoir qu’à l’époque l’usage des chevrotines était  généralisé depuis au moins avant la Révolution pour tirer le chevreuil « à trente pas ». Il s’agissait de ballettes coulées au moule, peu régulières…comme leur précision, utilisées par exemple contre le loup d’abord pour stopper  ou ralentir l’animal…achevé de près à la balle franche ! Il faut savoir que jusqu’en 1850 les chasseurs disposaient principalement de fusils à baguette, au calibre approximatif et dans lesquelles on entassait à la va comme je te pousse les projectiles, poussés de plus par des charges de poudre noire souvent approximatives appréciées « à la louche » !

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L’avènement des fusils à bascule et des cartouches soigneusement préparées à l’avance obligea à fabriquer des ballettes plus régulières, dans des calibres enfin bien définis entassées en lits constants permis par des douilles « standard ». Tout ça n’empêchait pas bien sûr la constatation de ricochets d’autant plus dangereux que la vitesse initiale s’élevait avec les nouvelles poudres et des procédés de fabrication bien mieux maîtrisés. Dans tous les cas cependant, la masse (pour un douze) avoisinait toujours celle des balles unitaires : la charge d’une neuf grains (pour sanglier ou loup) faisait 33,5 g et à l’autre bout, une  de 21 grains (pour chevreuil) 29,5 g.

Le chasseur de cette «  Belle  époque » avait donc tout intérêt, si possesseur d’un seul fusil à tout faire, à disposer d’un deux coups lisse à droite, et demi-choke à gauche en réservant ce dernier pour l’emploi de la balle franche ainsi mieux guidée. On considérait d’ailleurs cette balle comme particulièrement appropriée à tout animal ne se présentant pas de flanc, la chevrotine étant considérée comme un moyen d’arrêt intéressant, mais sans pouvoir lutter avec la puissance et la précision de la balle surtout à courte distance. Un deux coups chargé uniquement à chevrotines était jugé « médiocre devant la grosse bête » ! Et les faits divers relevaient chaque année des chasseurs culbutés par des solitaires à la peau dure comme des vieux pneus « salués » imprudemment d’un coup de 21 grains au détour d'un vieux chemin. Comme aujourd’hui, peu de chasseurs testaient leur fusil pour voir comment donnait le canon avec telle ou telle balle. La chevrotine était du « tout venant » qui traînait toujours dans la besace, et après, vaille que vaille, selon la rencontre la cinglée de gros plomb rendait furieux le sanglier de passage.

De nos jours, l’interdiction des chevrotines a rendu à la balle moderne un intérêt que ne conteste plus personne, et les timides tentatives ici et là pour ressusciter les chevrotines même relookées, sont toutes tombées à l’eau. On achète tous des balles, mais comme l’occasion de les tirer sur la bête noire n’est pas si fréquente, elles traînent au fond des vareuses, et surtout sont encore trop peu testées pour une arme donnée. L’efficacité voudrait que celles-ci, élimées, rouillées soient systématiquement réformées (1), et un petit stock neuf testé sur cible à l’intersaison, pour cerner la plus précise, et après, ne plus en changer de la saison. La prolifération prochaine du sanglier jusque dans nos bocages de l’Ouest nous obligera sans doute bientôt à nous conformer à ces préconisations…vieilles d’un siècle !

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1/ Sur une récente rencontre au gros d’une douzaine de personnes, et les anecdotes d’après-chasse qui vont avec, nous avons enregistré deux mésaventures et le constat de vieilles Brenneke…restées dans le canon ! Heureusement, ces deux amis ne tiraient pas avec des « automatiques » ! Il s’agissait comme toujours de vieilles cartouches traînant depuis des années « au cas où » dans les poches et qui avaient fini par prendre l’humidité, la poudre n’ayant plus la force de les propulser hors du canon. Donc, on le voit, deux personnes sur douze, le cas, comme on aurait pu le croire, n’est pas si rare que ça…

Ci-contre à dr. : de nos jours, c'est la Prevot "S" sphérique mais ensabotées qui ressemble le plus aux "balles franches" d'autrefois

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