Roy Weatherby, chantre de la vitesse
Voilà une marque de carabines qui a fini par entrer dans notre paysage hexagonal, mais relève aussi d’une belle histoire de self made man, comme seule l’industrie US est capable de nous offrir. Fondée pendant la guerre par un passionné de tir, la firme est toujours dans la famille, et dirigée par ses descendants.
Roy Weatherby (1910-1988) était un « wildcatter », comprenez un chasseur passionné bricolant chez lui des balles « spéciales » au moment où, depuis vingt ans, la polémique battait son plein entre les tenants des petites balles rapides et légères, et dans un camp résolument opposé celui des fans de balles lourdes. Un débat qui n’est d’ailleurs toujours pas clos, et dont les figures emblématiques furent les écrivains et journalistes Jack O’Connor et Elmer Keith (1).
De ce côté, Roy Weatherby fut assurément conquis par la rapidité, produisant dès 1943 sur base de 220 Swift le 220 Rocket encore confidentiel car trop axé petit gibier. Sur le même principe de la théorie du choc hydrostatique généré par les hautes vitesses, il conçut à partir de 1944 (mais production réelle en 1948) plusieurs calibres magnum sur base 300 Holland-Holland raccourcis et à fort épaulement : le 257 (vitesse et puissance en joules à 100 m : 900m/s-3000J rapide et tendu jusqu’aux gibiers moyens), le 270, le 300 (cartouche à tout faire : 900m/s-4500J), le 340 (850m/s-5500J), le 375 (750m/s-5500J pour tout jusqu’aux pachydermes).
Pour tirer ces calibres rapides et puissants, au recul souvent disons « viril » fallait des armes à fort verrous, des Mauser ou même (cocorico !) des actions Mauser Brevex fabriqués à Courbevoie ! En 1958, pour mieux gérer cette puissance fut même conçue la première carabine de la marque le modèle Mk 5 dont le verrou rotatif à 9 tenons était inspiré de celui de certaines pièces d’artillerie. Nous étions en pleine période de l’âge d’or de la chasse sportive africaine et Roy Weatherby, en pionnier du marketing n’hésita pas à effectuer en personne des expérimentations spectaculaires de terrain, à susciter l’intérêt des vedettes hollywoodiennes comme John Wayne, à créer des boîtes de munitions au design chatoyant et suranné, un peu dans le genre de nos Tunet de la même époque. Dans son entreprise tous les collaborateurs, jusqu’aux secrétaires étaient fortement impliqués chasse et tir et il sut créer la demande pour des armes certes originales et chères aux finitions brillantes qui démarquaient leur utilisateur au moment où le marché nord-américain était débordé de « tracteurs » qui faisaient certes le boulot, mais sans trop d’âme ni de brio.
Le partenariat avec Norma permit de développer des calibres encore plus performants : un varmint en 224, en 1953 le 378, en 1958 le 460 (700m/s-7000J) cartouche de production la plus puissante du monde dans les années soixante, en 1968 le 240 (1000m/s-2500J) le 6 mm le plus rapide du monde permettant un tir précis jusqu’à 400 m. voire bien plus. Après son décès l’entreprise fut reprise par ses fils qui ont développé le 416 (750m/s-7000J) pour l’Afrique, et surtout en 1996 et 1998 finalisé des ébauches étudiées déjà dans les années soixante. Le 30-378 (1000m/s-5000J) qui était un 30 au départ prévu pour l’armée, et le 33-378 (900m/s-6000J) des calibres performants mais à fort recul nécessitant longs canons et freins de bouche pour être pleinement opérationnels. Récemment en 2016 l’entreprise a sorti le 6,5-300 (1000m/s-4700J) à partir d’un 300WM rétréci à fort potentiel à longue distance pour le gibier moyen (encore 2500 Joules à 500m !) assez semblable en performances au 7mm de 1947 qui offrait 950m/s et 4000 Joules.
Sur le plan des armes, de 1964 à 1988 la marque a sorti la carabine Mk XXII, fort recherché en collection, et en 1970 la Vanguard beaucoup plus abordable et certainement le modèle le plus connu en France avec peut-être (2016) son modèle « Camilla » spécialement destiné aux dames. Les 70 ans de la marque ont vu la sortie de 70 modèles commémoratifs Mk V en 257, car paradoxalement, malgré la pléthore de gros calibres puissants qu’il contribua pourtant à réaliser -et en cela ses successeurs montrèrent qu’ils restaient fidèles à sa mémoire- ce calibre de ses débuts (1945) restait le préféré de Roy Weatherby.
1/Sur cette polémique voir notre archive du 8 janvier 2018.



