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16 décembre 2018

Ce qui tue, vite (et bien ?)

La chasse qui s’est longtemps contentée d’être une force tranquille, bien ancrée dans le paysage d’un monde rural immuable où elle était comprise et acceptée par tous, ne peut plus se contenter de vaquer tranquillement comme autrefois à ses petites affaires. De nos jours ses adversaires sont là, à l’affût, dans la végétation touffue des « réseaux sociaux » véritables machines à fumée idéologique et morale face auxquelles il faut sans cesse expliquer, se justifier d’actes qui étaient autrefois ceux de la vie de tous les jours.

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Qu’il s’agisse de tuer le cochon dont on faisait des provisions pour l’hiver, une oie à Noël, un lapin pour la venue dominicale des enfants on faisait, et c’était sans doute un tort, peu de cas de la « souffrance animale », et la chasse entrait dans cette banalité de la vie de la campagne, sereine, immuable. Avec le recul de ceux qui ont connu ces années d’avant les remembrements, les océans de maïs, peut-on dire vraiment qu’il n’y avait pas encore d’éthique de la chasse, celle que nous devons sans cesse maintenant arborer, expliquer ? La compassion, l’empathie n’étaient pas plus absente du paysan qui acceptait de sacrifier un vieux compagnon des tracasseries quotidiennes de la vie, que du chasseur qui prélevait sa dîme sur un gibier encore « naturel ». Tuer vite et sans cruauté permettait de sécuriser la zone sans perdre l’animal. Et s’il nous faut expliquer ici « ce qui tue », c’est avant tout pour la compréhension moins des chasseurs que des « rurbains », tous ces citadins échoués suite aux aléas de la vie dans nos campagnes, et qui commencent à être touchés via internet, par les billevesées d’une pensée "écolo" dévoyée. C’est ce devoir d’explication qui leur permettra peut-être de comprendre ce qu’est l’acte ultime de chasse, et espérons-le, de la sauver.

Ce qui tue, c’est une action naturelle et rapide, dans le feu de l’action, où l’animal mis sur pied ne subit le stress que de quelques secondes, et bien autre chose que ce que dénoncent certains, et bien sûr à raison, dans les abattoirs. Le chasseur le sait bien, lui qui tient dans sa main comme on dit « le tonnerre et la mort ». Si tout est bien maîtrisé : tir, distance, sécurité elle arrive vite et par plusieurs causes parfois simultanées : hémorragie, dommage au système nerveux, destruction d’organes ou de tissus vitaux, enfin conséquences de tirs hasardeux asphyxie, septicémie, mutilations invalidantes. Ces derniers cas sont bien sûr à proscrire et c’est pourquoi il faut tuer vite et bien.

Le phénomène de mort instantanée n’est pas toujours bien compris :  on croit que c’est la force de la balle ou de la gerbe de plomb qui a renversé l’animal alors que ça obéit à des causes multiples plus subtiles. La première est le coup direct, quasi électrique au système nerveux central qui « éteint la lumière » comme on dit pour un KO à la boxe. Ce peut être un coup direct au cerveau, au plexus, mais aussi on va le voir plus loin, à la cage thoracique où, quelle que soit la vitesse, cela entrainera une mort immédiate. Le coup indirect peut également amener la mort rapide mais par le transfert d’énergie cinétique se décomposant en deux chocs différents : le coup de bélier quasi hydraulique qui vous « tape » quand par exemple vous êtes renversé par une voiture, puis le choc hydrostatique qui agit après, quand le projectile « perce », et selon la vitesse transmet une onde qui va jusqu’aux centres nerveux distants qui ne sont pas directement touchés, mais ne peuvent plus émettre les impulsions électriques, par exemple aux membres.

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C’est ce qui explique pourquoi un animal tombe instantanément avec un tir de poitrine qui ne frappe pas directement le cerveau, car c’est l’onde de choc transmise à la colonne vertébrale qui « coupe le courant ». Tous ceux qui dépouillent un chevreuil tué à l’arme lisse peuvent s’en rendre compte, la plupart des plombs pénètrent à peine, et c’est bien la « claque » reçue de 2000 joules qui tue.  Le plus souvent, en plus, le projectile aura également créé un large canal de plaie, et l’hémorragie s’ensuivant empêchera doublement l’animal de se réveiller. Certaines munitions comme la fameuse balle Fier (ci-contre à dr.) assemble ces trois phénomènes successifs : sa coque plastique pointue donne le coup de bêlier, sa pointe laiton perce, la masse marteau en expansion donne le choc hydrostatique et le canal lésionnel.

Cette « bonne balle » de coffre qui réunit on vient de le voir trois conditions fondamentales n’est pas la seule à pouvoir causer une mort rapide. Une grande cavité de plaie liée au choc initial, (le coup de bélier vu plus haut) peut aussi causer un collapsus de pression sanguine au cerveau induisant un coma immédiat. Certains encartoucheurs jouent là-dessus en proposant des balles rayées disons « fragiles » mais rapides dont l’expansion immédiate double le choc hydrostatique de ce pic de pression sanguine, les conditions de coma sont doublées, sans même parler de la possibilité que des fragments de balles puissent frapper directement des points du système nerveux. Des tests menés sur des bovins ont montré que la vitesse de 750 m/s était un minimum pour voir reproduit de manière fiable ce phénomène. Par réflexe, ils tentaient de se relever du premier choc, mais l’atteinte sanguine entraînait la mort derrière en quelques secondes.

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Et si par malheur, la mort n’est pas instantanée, tout chasseur a le devoir d’abréger au plus vite, les souffrances d’un animal blessé, et donc d’avoir à le « servir ». C’est le terme consacré par la vénerie et par ailleurs fort bien imagé du respect qu’on doit à un animal sauvage qui ne demandait rien à personne. Les « honneurs » confirment et consolident cette attitude : on ne tue pas à la va-vite et à la sauvette. Un tir réussi donne la satisfaction intérieure d’avoir à peu près, dans l’urgence et la montée d’adrénaline, réuni toutes les conditions pour une mort instantanée, mais n'explique aucune manifestation de joie déplacée comme on peut le voir chez certains animateurs des chaînes chasse et pêche. On ne vient pas de marquer un but au foot ! Il ne faut jamais l’oublier, on vient de prendre une vie…

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