Ball-trap et "vraie" chasse
Voilà un thème récurrent des réunions d’après-chasse ou d’intersaison quand, autour d’un verre, les amis chasseurs, après quelques pétarades à la kermesse de la diane locale s’empoignent sur le sujet, le plus souvent avec une certaine dose de mauvaise foi quand il y a eu quelques « trous » dans la série ! Le ball-trap n’a-t-il vraiment rien à voir avec la chasse alors qu’il fut expressément inventé pour s’y entraîner ?
Le skeet, autour de 1920 est le meilleur exemple d’une discipline inventée par trois passionnés (1) du tir à la plume pour justement s’entraîner avant que ne démarre la saison, et qui évolua pour devenir ensuite une compétition à part entière dont les premiers championnats se disputèrent en 1926. S’il est généralement admis que tirer quelques cartouches à la pause ne feront pas de mal, est-ce néanmoins la garantie de retrouver à l’ouverture le bon geste, la mémoire musculaire du mouvement ? De fait, si on analyse à tête reposée les ratés, on peut se rendre compte parfois des faiblesses sur les principes fondamentaux que le ball-trap met souvent en exergue, et que contrediront les gars « du terrain » qui préféreront parler de réflexe ou d’instinct de chasseur le tir, académique ou non, ce dernier n’étant qu’un aboutissement de la quête, laquelle s’effectue plus comme on peut…que comme on veut !
Au pas de tir le plus classique, celui de la fosse de nos kermesses, le tir est annoncé, pré épaulé, sur des trajectoires à peu près définies, encourageant à attendre et tirer loin, pour assurer le coup, sachant qu’un ou deux plombs perdus peuvent casser, quand le plateau ralentit sa course…bref tout le contraire de ce qu’on fait en chassant devant soi. Autres différences : l’évaluation de la portée, l’absence de repères quand il faut décrocher les faisans hauts en battue, les trajectoires changeantes des oiseaux qui peuvent monter en chandelle, ou s’échapper en zig-zag comme la bécassine ou encore la vitesse qui plutôt s’accélère quand la bécasse s’esbigne, ou le ramier se laisse porter par le vent.
Sachant que tout ce qui peut permettre d’entrer plus vite en action aidera, le ball-trap permettra d’affiner les bases : lecture de la situation, position, swing, et même coaching si on en les moyens. La situation est un peu similaire au tennis où il existe une gestuelle de l’engagement, des frappes, des entraînements de réponse à des trajectoires initiées par des machines, et enfin « pour de vrai » le match contre un partenaire. A ne pas oublier non plus la confiance, clef de la réussite qu’elle stimule quand la bonne technique est tellement entrée dans le subconscient qu’on en tire immanquablement parti en situation de chasse où l’on peut également être « sous pression », et le regard voire le jugement des autres.
L’avis des « pros » est, de ce côté éclairant, et aucun champion n’a jamais été un « chasseur quelconque », contrairement aux fables qui donnent bonne conscience aux mauvais tireurs de plateaux pour se rassurer sur leur réputation de gens « de terrain ». Georges Digweed avec ses titres de multiple champion du monde peut tourner à plus de 200 pigeons (2) par jour quasiment sans « bulle », cet exercice « pratique » nuisant sans doute même à la compétition, les oiseaux, pour lui gros et lents pouvant alors se montrer trop faciles. Et il ne faut pas oublier qu’avant d’être champion de tir…il était excellent déjà sur la lande.
Pris dans son ensemble, le ball-trap aidera plus le chasseur qu’il ne le gênera car si certains aspects du tir sont similaires, d’autres très différents n’apporteront certes rien, mais sans nuire. Même le parcours, n’est pas de la « vraie chasse », et Tom Roster par exemple pour la sauvagine conseillait de s’appliquer sur les coups les plus courants notamment traversiers à 30-40 m car que ce qui est difficile dans ce cas, c’est de juger la portée, et le timing du tir, paramètres où l’expérience joue énormément. Manipuler, tirer à sec chez soi, varier les ateliers où l’on se sent faible, et surtout ne pas tirer pré-épaulé, semblent un minimum à proposer pour sortir le fusil aux beaux jours avant la date fatidique de l’ouverture.
1/ Par trois passionnés de Glen Rock Kennels près d’Andover (Massachussets), Charles Davies et son fils Henry et leur ami le peintre William Hardnen Foster qui y réfléchissaient depuis 1915 avant d’aboutir en 1920 à un concept circulaire de « tour d’horloge » de 12 fois 12 postes plus un central, correspondant à la boîte de 25 cartouches. Un éleveur de poulets voisin s’étant plaint des retombées de plomb sur sa volaille, on coupa le « camembert » en deux pour aboutir à la formule actuelle, les tours haute et basse remplaçant la centrale initiale.
2/ En Angleterre, le ramier est nuisible, voir sur le Net les nombreuses vidéos où on le voit en régulation, également de corvidés.




