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1 mars 2021

Darne : la première impression est-elle la bonne ?

L’historique de l’arme et de la marque sont connus (1), et nous avons déjà évoqué ici son démontage (2) qui fut longtemps la page plus populaire de ce site, et nous allons donner des impressions générales de cette arme que nous ne possédons pas, mais parfois tirée et surtout entretenue ici, car étant celle d’un compagnon de chasse de longue date.

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La marque est retombée depuis 2020 dans l’incertitude, un fond d’investissement n’ayant pu pérenniser, en 5 ans, la suite de Paul et Hervé Bruchet qui l’avaient reprise en 1981, les propriétaires s’étant enchaînés depuis 1955, mais sans pouvoir lui redonner son aura d’avant-guerre. Véritable originalité armurière française, elle avait pourtant séduit aux Etats-Unis (3) où elle fut importée dans les années 50-60 par Firearms international (Floride), Don White (Michigan), Stoeger Arms (NY), et même récemment période Bruchet (2005) par Geoffroy Gournet un armurier diplomé de l’école de Liège, maître-graveur arrivé en Pennsylvanie en 1985.

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Les fusils Darne les plus souvent rencontrés sont les deux premiers grades de la série R soit R10 et R11 dont on retrouvait encore 3 ou 4 exemplaires à vendre chez chaque armurier de campagne dans les années 70. En 12 et surtout beaucoup en 16, ils avaient la double épreuve (4), puis de R13 à R 17 la triple palmette, et les plus hauts grades (R15-16-17) de meilleures finitions : extrémité du devant, plaque de couche en corne, meilleurs bois. A partir des années 50, un véritable « sur mesure » offrait une multitude de finitions de bois, de gravures, de bascules à effets cémenté, jaspé, satiné et de modèles hauts de gamme : Classic, Prestige, Rambouillet (en 12-16), Gouverneur (versions canons « Plume » ou Magnum), ou Baronnet, ces deux derniers aussi en 20. La série R, dite « petite clef » possède la sécurité à levier, et l’ouverture en deux étapes.

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A signaler aussi dans ces fusils Darne que l’on rencontre le plus souvent, les Halifax qui sont de « vrais » Darne, mais fabriqués au moment où les brevets tombèrent dans le domaine public et destinés à contrer la concurrence, (en l’organisant en quelque sorte !) un peu comme Manufrance le fit avec ses « Sampa » (pour le Simplex) et le « Costo » (pour le Robust). Il y avait trois grades de Halifax simple épreuve pour le modèle 3, double pour les 4 et 5, on retrouve tous les attributs de la série R, dont la sécurité levier, mais les canons ne sont pas frettés (5), simplement soudés au cuivre et bande pleine.

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Evidemment, tout amateur rêvera de tomber, dans le grenier d’un vieil oncle parti ad patres, sur les « grandes clefs » les séries P et V. La première avec ses chiffres P17 et P 18, montre la filiation avec les R, triple épreuve bien sûr, mais surtout l’ouverture en une étape, glissement d’un seul mouvement, éjection sélective et sécurité bouton cette fois. C’est l’intermédiaire avec la série V et 4 grades de 19 à 22 : triples palmettes de 19 à 21, quadruple pour le V 22, il en a été fait des express même en 375HH, des armes combinées de tous calibres.

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Le Darne, on tombe un peu dedans très vite…ou pas du tout, un peu comme le Bretton car il diffère en tout de ce qui est connu, surtout de nos jours. Son poids est toujours léger c’est donc une merveille à porter à la billebaude, mais son équilibre est particulier. Tout est concentré sur le « centre » puisqu’on n’ose pas dire  « bascule », l’arme ne s’ouvrant pas comme la totalité des congénéres de son époque, la concentration des masses étant même derrière les détentes car tout le « lourd » est dans l’action coulissante. Quand le fusil est, de surcroit équipé de canons « Plume », il faut tout réapprendre dans la manière de « swinguer », et on passe de la valse au tango !

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La crosse est également souvent plus courte que de nos jours, et droite ou très peu pentée du fait de la conception de ses bois et du « tendon d’Achille » de la jonction poignée-pontet à surveiller à la moindre fissure. C’est pour cette raison qu’il est aussi quasiment impossible de jouer sur les bois (huile chaude, etc.) pour modifier la crosse. Il en résulte donc un tir différent où il faut plus coucher la joue sur la crosse et moins de tir « tête haute ». Le recul, logiquement avec l’alésage initial très serré de 18.2, surtout en 12, est un autre paramètre souvent évoqué car se conjuguant avec toutes ces caractéristiques de concept particulières qu’il faut entériner. Et tout le monde ne s’y fait pas forcément. J’ai un bon copain qui n’échangerai son Darne pour rien au monde, mais sur lequel il fallut se pencher un tant soit peu, tant il enfumait de palombes au posé, avant de constater qu’avant le tir, il se crispait tellement par crainte de la ruade, qu’il tirait…les deux yeux fermés !

Les détentes sont, en plus, souvent plus dures, et il est difficile de « bricoler » une mécanique où (particulièrement sur les séries hautes P et V) les tolérances et liaisons sont étroites, armement et culasse qui se déplacent de concert et fort effet de levier pour bloquer la face de culasse contre un bourrelet de cartouche épais lors de la fermeture de l’action. La série R est un peu plus simple, le levier d’armement est découplé de la culasse coulissante, c’est certes solide et fiable, mais à ne pas malmener quand même au tournevis et à la pince multiprise, et quoique on en dise,  assez compliqué en entretien. C’est d’ailleurs sans doute la raison pour laquelle notre fameux tutoriel a eu tant de succès, la plupart de ces armes ne sont quasiment jamais ouvertes, les plus prudents n’osant pas s’y risquer…C’est pourtant pas trop dur, mais comme on dit « faut connaître » !

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Un autre aspect, cette fois plus actuel est celui de la sécurité qui, déjà avant-guerre se posait avec acuité pour un fusil qui ne se « cassait » pas. Les boutons et leviers, devaient pallier au fait qu’il était inconfortable de le trimballer complètement ouvert, car la culasse pointue fait saillie, et le levier à la verticale peut accrocher partout. Les manuels d’utilisateurs préconisant bloc légèrement ouvert, à fermer avec le pouce semblent démontrer que la sécurité n’allait pas de soi, et qu’elle était difficile à intégrer en groupe, rendant « nerveux » l’entourage de ceux qui étaient habitués à porter les fusils « cassés »…

Le fusil Darne, vous l’aurez compris, est un fusil clivant, ou le ressenti de chacun est essentiel, et une forte introspection nécessaire avant de se jeter à l’eau. Malgré toutes ces réserves… ne vous inquiétez pas, je finirai bien par en avoir un !

1/Voir bien sûr, l’incontournable « les fusils de chasse de Régis Darne » de J.C.Mournetas.

2/Voir archives des 28 avril 2012 et 9 février 2015.

3/Le gunwriter Mike McIntosh en fit un vibrant éloge, et Hemingway acheta un 28 pour sa seconde épouse avant d’aller chasser la perdrix dans le Wyoming.

4/PSF : PT couronné 960Kg/cm 2 ; double : 1370. De une à 4 palmettes soit de 790 à 1720 kg/cm2

5/Darne maison fondée en 1881, le brevet initial de l’arme coulissante est de 1887, canons demi-bloc jusqu’en 1902, puis frettés et soudés à l’étain, moins dur pour l’acier que le brasage au cuivre. Son fils Francisque Darne vola de ses propres ailes à partir de 1910, mourut au front en 1917 et fit lui aussi des Darne d’excellente facture, notamment avec des aciers Jacob Holzer mais c’est une autre histoire.

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