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8 mai 2021

Couteaux "de camp" et bowies

C’est un terme qui n’est apparu, porté par l’artisan Bill Moran qu’au début des années 60, mais qui correspond à une longue tradition de la coutellerie américaine avec, au fil du temps des déclinaisons historiques célèbres : Hudson Bay knife, Bowie, et même militaires : couteau de fusilier Ames (1849), Hunter (1880), Krag (1900), couteau de combat des G.I.,s en Europe puis en Corée et au Vietnam.

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L’influence de l’industrie britannique de Sheffield marqua les débuts de la colonisation et de l’Indépendance avec la production de traite et de comptoir puis les premières productions locales de skinners dits de la Green River de l’usine Russel de Greenfield (Massachussetts) en 1832. Ces lames acier à haute teneur en carbone avec leurs poignées en bois de hêtre avaient une capacité remarquable à tenir leur tranchant et furent, de fait, les premiers « couteaux de camp » à l’époque de la traite des fourrures.

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Ils étaient concurrencés par ceux de la Baie d’Hudson produits par G. Wolstenholm de Sheffield (1820-1830) et les locaux Jukes and Coulson (fin 1850), Stokes (1866) pour des couteaux plus longs (jusqu’à 13 pouces soit 33 cm de lame) conjuguant poids et effet de levier afin de s’affranchir de la hachette et de la machette pour couper des cordes, défricher les aires de repos, les sentiers pour pêcher, piéger, aménager les postes. La soie devait donc aller jusqu’au bout du manche disposant d’un large pommeau pour enfoncer les clous, et marteler, d’une garde de protection pour servir le gibier blessé ou se défendre, d’un « jimping » en retrait ou de guillochage sur le dos de la lame et un meilleur contrôle au moment de dépecer. Le modèle « chief » avec ses deux grandes rondelles de renfort en laiton sur la poignée avait une forte valeur d’échange avec les Amérindiens qui le nommaient « le couteau aux yeux ».

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Les armes encore à silex ou à percussion n’étant pas fiables à cent pour cent, l’aspect défense n’était pas le moindre qui fut renforcé après le célèbre combat du 19 septembre 1827 ou Jim Bowie n’était qu’un témoin d’un duel se déroulant sur les rives du Mississipi, mais qui dégénéra et où il tua un homme, en blessa grièvement un autre. Dans cette mêlée sanglante, il fut lui-même touché à la poitrine, la cuisse et la tête, mais popularisa instantanément un couteau privilégiant le combat avec un faux bord tranchant à l’arrière de la pointe pour les coups « reverse » en défense, une bande laitonnée pour accrocher la lame de l’adversaire (voir ci-dessous à dr.), un double quillon en S inversé pour protéger la main. Encore plus long il pouvait monter à 15 pouces et plus, de quoi largement embrocher l’adversaire. Mort à Alamo (1836), un des événements fondateurs des Etats-Unis, en même temps que Davy Crockett, les exégètes se disputent encore sur la paternité de l’arme (1), et s’il s’en servit lors de l’assaut des mexicains (2) qui lui fut fatal ?

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Il n’empêche, il devint immédiatement un des outils nécessaires à la Conquête de l’Ouest. Le colonel Stiff en 1840 dans la foule bigarrée se pressant à la frontière du Texas notait « ils étaient habillés de toutes manières à l’exception du wild bowie qui, comme par un commun consentement, semblait un appendice nécessaire à tous ». Dès 1837 on en avait même fait avec le Cutlass Elgin une arme composite destinée à la Marine encore fortement emprunte des techniques d’abordage, et l’édition de 1849 du Democratic Telegraph and Texas Register préconisait pour randonner en toute sécurité en chariot à travers les plaines : « un bon fusil, une paire de pistolets, cinq livres de poudre, dix de plomb et un bowie knife ».

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Toujours en tenant compte de l’inventeur plus que du fabricant, le concept de véritable couteau de camp commença à s’affiner après cette période tumultueuse avec Horace Kephart (3) et une arme moins longue (ci-contre à g.), plus pratique avec la recherche d’un point fort pour la taille avec des gants pour une meilleure adhérence, absorber les chocs et où le tranchant prenait l’ascendant pour dépecer, éplucher les oignons, faire des petits copeaux pour le feu. C’était l’amorce des couteaux « survival » commençant à être bien définis pour l’univers du « bushcraft » : un outil qui fabrique d’autres outils ayant aussi un fort effet de levier allant jusqu’à abattre un arbre par matraquage tout pouvant effectuer de nombreuses petites tâches quotidiennes en plein air que permettent les aciers modernes.  

1/Malgré les importants travaux d’historiens sur le sujet, l’origine de la fameuse lame n’est pas formellement établie, conçue par son frère Rezin où le forgeron de Washington (Arkansas) James Black (1800-1872) ? Dans les années 1820, Jim Bowie s’était rapproché des plantations de son frère, et James Black originaire du New Jersey, émigré d’abord à Fulton, s’était fait un nom chez le forgeron Shaw dont les fils assuraient le quotidien du ferrage des chevaux et autres travaux de forge quand Black était déjà spécialiste des armes et des couteaux avant de voler de ses propres ailes. Jim Bowie aurait proposé un modèle taillé dans le dessus d’une boîte de cigares, mais le forgeron aurait fait deux pièces dont une de son cru qui aurait été finalement choisie par Jim Bowie avant la mêlée sanglante du Sandbar Fight de Natchez (19 septembre 1827) dont nous allons en parler dans notre prochain envoi. Mais il existe d’autres pistes : la forge des frères Blackman de Natchez, ou celle de Shreveport en Louisiane, un coutelier d’origine espagnole de New Orleans, le forgeron noir Manuel de la plantation de son frère Rezin à partir d’une vieille râpe…

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2/Tué dans les 13 jours du tragique siège d’Alamo avec les héros que furent Travis et surtout Davy Crockett à la tête d’une petite troupe de volontaires du Tennessee, sa mort reste elle aussi nimbée de mystère (tué dans son lit où il était cloué par les fièvres ? Fusillé après coup ?) mais la grande question reste : avait-il en main le fameux couteau ? Il parait en effet impensable qu’il soit parti au combat sans, d’autant qu’une des survivantes de la tuerie, la senora Candelaria dit qu’au cours du siège « le terrible couteau Bowie (sous-entendu que portaient quasiment tous les défenseurs) a rendu un excellent service ».

3/Horace Kephart (1864-1931), originaire de l’ Iowa, « nature writer » de la Caroline du Nord où il s’installa jeune fut un précurseur avec « Camping and woodcraft » (1906) de la notion de survie en pleine nature. Une des montagnes du parc naturel des Great Smoky Mountains porte son nom. Nous aurons bientôt l'occasion de parler de ce personnage haut en couleurs. 

 

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