L'autre procès...de Paul Bismuth ?
Ce personnage imaginaire popularisé par un ancien président de la République pourrait bien entrer dans notre vocabulaire de rechargement, surtout pour nos armes anciennes qui n’accepteront pas l’acier côté canons, mais aussi pressions admissibles.
On le sait depuis les travaux du général Journée, les données de rechargement doivent être spécifiques à chaque type de tir utilisé. Ce que déjà les travaux de Tom Roster il y a trente ans, avaient montré : l’acier 30% moins dense que le plomb imposerait, par sécurité, dans le doute des débuts de ce nouveau chargement, de réduire la charge. Ce fut la solution de facilité pour les premières commercialisations de l'acier : plus de vitesse, mais moins d’efficacité à distance, et motif instable. Il n’était pas déraisonnable, non plus, de conserver à l’esprit quelques principes généraux : toutes choses étant égales, moins de charge, (sertissage demi-rond contre étoile, et bourres grasses ou fibre contre jupe plastique), donne moins de pression.
Historiquement, le bismuth part d’un bon principe pour nous autres, amateurs de vieux tromblons puisqu’en 1990 déjà présenté par les travaux du canadien John Brown, financés par l’éditeur R.Petersen…qui se faisait légitimement du souci pour son beau Purdey ! La première méthode de fabrication (Bliemeister) le limitait au petit plomb, Kent USA en 2016 introduisit une méthode de coulage par rotation, et deux ans plus tard Winchester, à l’instar de sa technologie de charges tamponnées Longbeard a encore amélioré la chose. Le bismuth (9,6 g au cc), c’est son intérêt, comble le fossé entre le plomb (11g) et l’acier (7,8), tout en étant beaucoup moins cher que le tungstène (12 à 18 g au cc) beaucoup plus lourd et dur que tout le monde. Les alliages font encore baisser la densité du plomb : 10,74g.cc avec 3% d’antimoine, et 10,14g/cc à 6%. Le bismuth descend lui aussi à 8,5g/cc avec un alliage d’étain, donc à peine mieux que l’acier : 7,83g/cc, et presque à égalité avec le cuivre : 8,96g/cc.
Entrent alors en scène deux paramètres : la densité qui affecte la capacité des charges, et la dureté qui a un effet direct sur l’usure des canons, mais surtout la pression. Même s’il les approche, le bismuth ne permettra pas d’utiliser directement les « données plomb » de rechargement, même en y appliquant les « réflexes » de sécurité énoncés plus haut. A même poids, mettons 36 grammes, le bismuth prendra plus de place, et le manuel Lyman préconise descendre à 32 grammes, mais en plus gros plombs, la bourre devant en plus servir de variable d’ajustement. De ce côté, les rechargeurs français avec la firme Tribloc de Nontron, toujours présente dans le Périgord, ne seront sans doute pas les plus mal lotis pour s’adapter à la nouvelle donne.
Ce qui peut sembler intéressant, par contre, c’est la tendance actuelle US (voir article d’Outdoor Life du 6 août 2021) à valoriser, vers le haut la charge de 32 grammes pour le calibre 16 dont nous sommes ici, chacun le sait, des ardents défenseurs. La charge 1 1/8 (31,89 grammes) dépasse en effet largement les 20-28 qui ne tirent aucun avantage aux limites de leur capacité : ils vont moins vite, mais surtout reculent plus en modélisant beaucoup moins bien la colonne de tir, et ne sont donc pas pour le commun des tireurs. Pour tirer parti du (léger) avantage de poids après avoir succombé aux sirènes du marketing, il faut en effet être une excellente gâchette.
Il faudra sans doute un peu de temps mais espérons-le, moins que les décennies passées des « années de plomb », avant que ne s’établissent des règles générales concernant les substituts, moins fluides que le plomb, ou susceptibles de se déformer et se tasser plus ou moins dans les espaces. Bien sûr, il y en a un qui s’impose immédiatement à tous les esprits : plus mou encore que le plomb, ne se fracturant pas à l’écrasement comme le bismuth, plus dense (19,3 g au cc) encore que le meilleur tungstène (18 g au cc au mieux), eh bien, vous l’avez tous deviné, c’est l’or (1) 24 carats ! Pauvre de nous, soyons en sûrs, les fabricants de cartouches sauront sûrement tenir compte de cet aspect des choses, pour nous imposer de futurs prix au catalogue leur garantissant un avenir doré sur tranche…
1/ Pour les amateurs de fantastique, l’argent dont on coulait des balles contre les vampires, et avec lequel fut tuée la Bête du Gévaudan (voir archive du 3 mars 2015 et suivantes pour le côté chasse de cette énigme historique) a une densité de 10,49g/cc proche du plomb, le métal le plus ductile étant le platine : 21,45g/cc. Pour les balles issues des métaux précieux voir notre archive du 16 avril 2019.



