La vision rassurante des portées de recul
Si on s’intéresse avec quoi on tire, on aura tous remarqué ces profonds puits où s’articule cette extension des canons aussi ancienne que la conception des juxtaposés, née à la fin du XIXè siècle. Mais certaines de nos armes en sont dépourvues. Pour répondre à un internaute, sont-elles pour autant moins solides ?
A l’articulation poudre noire et sans fumée, vers 1890 le verrouillage sûr, né des nouvelles normes de pressions était la grande préoccupation des fabricants et la multiplication des systèmes de verrouillage un argument de vente évident porté par des champions comme le tireur de pigeons W.Carver qui pouvait tirer 130000 cartouches en trois ans ! La construction « demi-bloc » (dessin ci-dessous) imposait «en bas » ces portées de recul (flèches rouges), ainsi que d’autres assemblages mécaniques « en haut » comme les « têtes de poupée » (c’est l’évidement dans la bascule, en vert), pour soulager la broche transversale, tout comme la « morsure » des verrous unissant les deux moitiés des canons.
Des perfectionnements esthétiques (verrou « secret » près de la clef), ou puits de portées cachés continuèrent de cultiver la nostalgie de cet artisanat de haute qualité que la construction monobloc refoula peu à peu dans les limbes de l’Histoire armurière. Les canons étaient emmanchés dans une frette d’un bloc usiné d’une seule pièce permis par la qualité des aciers et la précision de l’usinage des machines modernes, dont le Robust de Manufrance demeure dès 1913, le meilleur exemple.
Sur les superposés ce fut plus compliqué car la logique des forces s’exerçant était inversée, ne s’appliquant plus, en théorie que sur le canon du bas, là où seule pouvait s’effectuer la « prise », et donc le monobloc s’imposer. Ce fut la première réussite de Merkel (1905), d’utiliser de larges mais profondes portées étirant démesurément la bascule vers le haut où le verrou transversal Kersten barrait le canon supérieur comme le loquet d’une porte de grange. Beaucoup de ces armes partirent « en blanc » vers Londres sous diverses signatures et les industriels britanniques réagirent en vagues successives : Boss (1909) et Woodward (1913) avec des portées de recul non plus traversantes, mais latérales. Il s’agissait de tirettes et cales s’accouplant avec des surfaces alternatives usinées dans des parois internes du corps de l’action. On avait là des armes plus élégantes car moins hautes de bascule, mais chères et lourdes. Beesley (1912) y eut recours pour son « Shotover », tout comme Westley-Richards (1914) pour l’Ovundo dont les portées latérales étaient un peu plus haut placées, presque à la jonction du canon supérieur et inférieur.
Certains industriels restèrent néanmoins fidèles aux portées traversantes comme Edwinson Green (1912) avec les verrous traditionnels Purdey plus un grand verrou rectangulaire traversant des extensions jumelles du canon supérieur. Holland-Holland en 1914 garda aussi ce type de portées traversantes sur un superposé qui se vendit fort peu avant de suivre le mouvement général (Jacobs-Kenniston) en 1950, là encore sans grand succès.
John Moses Browning, avec le B 25 resta fidèle à cette formule en y associant l’idée novatrice de les faire participer au verrouillage en les usinant vers l’arrière (voir ci-contre à dr. entourage vert) où s'ancrait un large verrou plat. Beretta eut l’idée géniale de s’en affranchir carrément partant de l’idée que la contrainte s’effectuant dans l’axe du canon, tout devait se jouer au plus près de cet endroit à la jonction des deux tubes. Ses premières versions (SO) se servaient d’un bloc transversal, mais étaient encore chères à produire, mais la firme italienne, très impliquée dans la mécanisation née de ses productions militaires, et profitant d’aciers nouveaux permettant d’encaisser de plus fortes contraintes sur des espaces plus petits de pièces moins conséquentes, sortit, avec la série « S » toujours produite, un modèle repris par la plupart des marques de superposés. Sur ce système on peut même produire des express en 9,3X74 R dont les pressions sont cinq fois celle d’une arme lisse ! Il n’empêche, ça fait toujours plaisir de voir s’emboiter parfaitement la belle mécanique de son Merkel ou de son Miroku…




