Caramba...encore raté !
Le mot de Cambronne rend rarement justice à la frustration qui accompagne le fait de rater un tir facile à quinze mètres et en plein travers ! Moins on en parle et mieux c’est, et on n’aime pas trop s’appesantir sur le sujet, mais il y a fort à parier que nous avons, à portée de main, toute une volée d’excuses pour expliquer pourquoi on a raté. Le chasseur tue toujours par adresse, et de ses explications, c’est toujours aussi par adresse…qu’il a manqué !
La météo si importante dans une activité qui, en grande partie, se passe dehors, joue un rôle important. Il faut toujours s’installer face au soleil, défense toute faite s’il vous a tapé dans l’œil au départ du perdreau. Le vent et le froid font trembler, incitent à s’engoncer tel Bibendum, ce qui gêne au tir, et en sens inverse la suée née du réchauffement climatique, sujet d’actualité s’il en est, fera que tout le monde sera d’accord avec vous pour oublier bien vite où vous avez failli. Le matériel bien sûr donne une quantité d’échappatoires : détente trop dure, sécurité enclenchée, chokes trop serrés dont la clef est d’attendre la fin de la chasse et le fusil à l’étui pour que personne ne voie que vous étiez en lisse.
Trop lourd ou léger, ancien ou neuf, toutes les analyses sur le vieux flingot, (qui, s’il revient de révision, passera sur le dos de l’armurier !) sont bonnes à prendre. Et quand il est neuf, c’est qu’on manque de pratique avec la nouvelle petite merveille…ah, si j’avais pris comme avant, mon vieux douze ! Même chose pour les cartouches, mélangées, pas adaptées, trop rapides ou lentes, (qui sont celles du cousin !), car même si on dit souvent que les mauvais ouvriers ont toujours de mauvais outils, les digressions techniques infinies, laisseront tout de même entendre que vous êtes un expert des armes et du tir, et que c’est de la faute à pas de chance…
Si l’ennui naquit un jour de l’uniformité, la distraction est parfois coupable. Il peut s’agir des obstacles du terrain, toujours mal placés et au mauvais moment : clôture à franchir quand démarre le gros capucin, téléphone qui sonne, générosité mal récompensée si on attend que le voisin tire… « à vous cher ami » ! Plus rare de nos jours, la pause cigarette parfois taxée « pour la chance » peut encore être invoquée. La santé bonne ou mauvaise peut entrer en compte : retours douloureux des « coups de pied de barriques » incitant à la somnolence, vessie embrasée par l’effet diurétique des tasses de café matinales, le temps que les invités arrivent au rendez-vous. Même chose pour les hommes des tavernes vivant à l’âge de bière : il faut alors nécessairement au poste, sous la bise, prendre son mal en patience, opérer péniblement après la mise en sécurité de l’arme, un long processus de déharnachement, où enfin en passe de soulagement… se présente un gros ragot à la corne du bois !
Par contre, à invoquer avec précaution (surtout s’il s’agit de l’épouse de votre hôte), le parfum ou tout autre attrait de la Diane voisine, la gent féminine étant de plus en plus présente, et c’est un bien, à nos côtés. Bien arrangeant car il ne peut répondre, le gibier a la part belle dans nos explications souvent oiseuses : pas vu, trop loin, ou trop près, qui « en a pris » mais immanquablement non retrouvé, il est comme le chien dans tous les bons coups, surtout si on n’en a pas, et qu’on chasse avec celui des autres. Ah le corniaud, il se récrie au mauvais moment, marque trop loin…ou bourre trop vite. Et quand son travail est parfait c’est la sciatique qui s’en mêle, la myopie les nouvelles bésicles qui cette fois s’emmêlent avec les anciennes. Pour d’autres stades où malheureusement nous sommes parvenus (et que nous employons d’ailleurs, c’est bien pratique, à tout bout de champ) c’est la vieillesse qui expliquerait tout ce qui s’enraye, se passe mal.
Tous ces commentaires amusants font le sel de la convivialité de notre passion commune, et bravo encore à tous ces impénitents tireurs de casquettes qui font, sans trop le vouloir, le bonheur des autres, même si, au royaume des aveugles il y a des borgnes à ne pas dépasser. C’est d’ailleurs à ça qu’on distingue le chasseur débutant d’une « épée » : à la qualité de ses excuses pour avoir raté…ou mieux encore, s’être abstenu de tirer !




