"Sluggers" et sangliers : le doute est permis
Dans le cadre de la nouvelle législation sur le plomb, de l’inflation, la vue peut se brouiller face à la prolifération du sanglier et son tir à balles, suite à l’apparition de nombreuses versions de « sluggers » et autres balles « tactiques » bon marché dont les effets sont encore méconnus face au grand gibier. Le sujet des balles pour fusils lisses a été déjà largement abordé ici (1), et tentons de l’affiner un peu plus, face à ces nouveaux venus.
Les « deux coups » n’ont jamais été vraiment adaptés au tir à balle à cause de la convergence des canons zérotant à 35 mètres, les deux tubes étant assemblés pour que les tirs se chevauchent le mieux possible à cette distance. Dix mètres plus loin les tirs pouvaient se croiser avec des écarts désastreux, et plus on tirait loin, plus le défaut s’aggravait, raison pour laquelle la chevrotine fit une aussi longue résistance, même face à la fameuse Brenneke ! C’est pourquoi les canons simples sont les plus conseillés pour le tir à balles lequel, depuis les années 70 a fait d’énormes progrès, les balles dites « techniques » (Sauvestre, Fier, ensabotées pour lisse et non rayé) finissant par concurrencer la Brenneke, obligée de se diversifier dans toutes les directions : allongée, empennée plastique, speed, ou ensabotée (« S »).
Les « sluggers » sont une évolution de l’ancienne balle « Foster » pour les semi-autos ou les fusils à pompe adaptés aux compétitions de tir de vitesse ou aux trois armes, ou encore adaptées à l’utilisation « tactical » et d’entraînement militaire pour le combat urbain ou les forces de l’ordre. Ces dernières ayant constaté que le fort recul nuisait à la précision et à la possibilité de doubler en cas de danger imminent, la solution était d’abaisser le poids des projectiles, et de leur donner plus de vitesse, celle-ci limitant en plus la prise d’avance sur le tir en mouvement de véhicules ou d’individus menaçants. Pas trop le temps de réfléchir, ni de tergiverser il fallait tirer … « dedans », un « poing » c’est tout ! Avant les balles « techniques » qui ont d’autres arguments de structures, un quart de la vitesse se perdait à 50 m. : exemple une 39 grammes partie à 450m/s n’offrait plus à 100m que 1000-1200 joules donc dans la limite létale nette d’un animal de 50 kg. Or dans notre pays, sans aller jusqu'en Anatolie taquiner les fameux "attilas", il n’est pas rare que certains sangliers dépassent allégrement le double de ce poids.
L’argument des « sluggers » est surtout leur prix (2) : 0,95 euros la balle pour la grande enseigne dont le nom rime avec « tromblon » censée convenir « pour le traqueur et au chasseur posté en battue ». Le chasseur attentif verra que c’est une 28 grammes, 440 m/s et 2700 joules à la bouche. Ce qui donne quand même à réfléchir non ? Une marque allemande qui a au moins le mérite de ne pas afficher un sanglier en exergue, (mais un tireur sportif en action, voir ci-dessous), fait encore mieux : 0,69 euros , là c’est une balle encore plus légère (26 grammes) et même vitesse (450m/s) qui est certes spécifiée sport (TAR, TSV, ISPC) mais aussi nommément et en bout de ligne : « chasse au gros » !
Il faut aller assez loin, en Australie (3) pour voir le premier essai sérieux en conditions de chasse d’une de ces balles slug. Une italienne, d’ailleurs bien connue en France (nous en possédons encore une boîte ou deux car l’importateur France était à deux pas de chez nous), et qui avance pourtant, sur la cartouche d’abord une belle tête de sanglier, puis sur le papier d’excellents arguments chasse : 32 grammes, 466m/s et 3600 joules à la bouche. Nous sommes donc même encore au-dessus des deux balles précitées : plus lourd et plus vite. L’argument précision, selon l’essai, est bien là : à 25 m. les 4 coups se regroupent dans 3,6 cm et à 50m dans 6,35 cm soit largement la zone létale d’un gros « kailer », et la chute à 100m. n’est que de 10 cm ! En précision et distance on n'est pas loin de la fameuse balle-flèche.
Où le bât blesse, et c’est bien là le cas de le dire, c’est dans la pénétration qui n’excède pas 7cm au défaut de l’épaule sans casser l’os d’un gros premier sanglier autour de 80 kg avec effet « donut » de la balle qui s’écrase ou s’éparpille en mille morceaux, et 20 à 22 cm sur des petits sangliers de 35-50kg bien « coffrés » mais non traversés. Les chasseurs australiens dans leurs conclusions, outre l’éthique, notent, sur leur continent où il y a des animaux dangereux susceptibles de charger (buffles d’eau par exemple) le danger d’utiliser de telles munitions. Et que dire en Afrique où les fusils de chasse lisse sont jamais bien loin en doublon aux mains des pisteurs, derrière le tandem client et guide professionnel, notamment sur les félins qu’il faut impérativement stopper net sinon c’est « massacre à la tronçonneuse » ?
L’offre en munitions spécifiques est suffisamment large en France, pour que nous adaptions au gibier (4) des munitions performantes actuelles sans que prévalent des conditions de prix, surtout là où on tire en lisse…c’est-à-dire pas si souvent que ça, sinon on passe à la carabine. Il existe des balles légères et rapides (5) qui garantissent le prélèvement éthique du grand gibier. L’autre problème de ces balles nouvelles demeure leur dureté (pour faire « gling » sur des cibles métalliques !), et les contraintes anormales qu’elles peuvent engendrer dans des fusils anciens et chokés, car elles sont faites pour tirer à fort volume dans des armes modernes aux canons courts et ouverts (voir ci-contre). Ce ne sont donc, à notre humble avis, que des balles de second choix pour l’entraînement où, à la limite, des tirs de très près, et encore, sur pas trop gros…
1/ Voir archives du 8 novembre 2016 (diverses balles autres que Brenneke), 10 novembre 2016 (Brenneke), 21 septembre 2018 (balles US).
2/ Prix indicatif de trois balles techniques : BFS 4,33 euros l’unité, Fier 3 euros, Rubin sabot 3,5 euros.
3/ Site Marrakai-adventure, essai très complet, d’abord au stand puis, face au gibier : tapez « acid test ».
4/ Ce qui vaut également à notre avis pour le chevreuil-renard qui méritent d’être tirés avec les munitions spécifiques de haut niveau (mélange 1-2, plomb durci, etc.) plutôt que du vague et tout-venant N° 2 pigeon ou gibier d’eau…
5/ Bon exemple avec la Rubin sabot : une 28 grammes qui, à 50m, donne encore 410m/s et 2285 joules, et 324m/s et 1562 joules à 100m.




