On n’arrête pas le progrès, l’électronique est désormais partout…mais encore peu dans nos armes de chasse sinon pour compter les cartouches tirées et autres gadgets. Bien que le concept de l’allumage électrique ou électronique ait brillamment réussi dans des applications militaires (1) à tir rapide, il a échoué dans les dérivés chasse et sport. On va voir pourquoi, malgré quelques belles tentatives.

Rouby Montuclard

L’idée est relativement ancienne…aussi vieille en fait que l’invention des piles par Volta en 1800, et le français Louis de Dax dès 1859 avec déjà bon nombre de brevets couvrant autour d’une étincelle, ou de  filaments portés au blanc sur une charge de poudre noire un peu dopée au fulminate. La pile encore peu fiable était dans la crosse, idée que reprirent les armuriers caennais Le Baron et Delmas en 1866, puis en 1913 les parisiens Tepins et d’Ogny, avec cette fois une tentative sur les premières poudres pyroxilées, plus dures à enflammer que la poudre noire. On butait toujours sur la faiblesse des piles, (que le liégeois Henri Pieper en 1883 proposait de mettre bien à l’abri dans la poche de son manteau au prix de quelques fils disgracieux à la traîne !), et de nouvelles amorces à inventer et fiabiliser.

yuio

Les plus proches de toucher au but furent deux ingénieurs de la Manu, Charles Rouby et Gaston Montlucard qui s’associèrent à la sortie de la guerre pour fonder la Société Moderne de Fabrication de Mécanique qui sortit de  1956 à 1972 le Vedette 2A qui était, en fait, une amélioration de l’ancien fusil de Dax. Il s’agissait d’un fusil d’allure classique, avec des canons Heurtier, une bascule Montcoudiol, des jolies coquilles ornées bien sûr…d’éclairs, qui prenait  place aux côtés d’une gamme classique comprenant par exemple un joli superposé, le « Super Martin ». Il s’agissait néanmoins d’une réalisation en petite série, idée qui ne fut reprise par aucune grande marque au moment funeste où toute l’armurerie française entra en crise. On rencontre encore pas mal de ces fusils sur le Net avec une jolie petite valeur d’originalité et de nostalgie en collection puisqu’il utilisait la fameuse pile Wonder…qui ne s’use que si l’on s’en sert !

ertg

La tentative la plus sérieuse fut celle de Remington, de 2000 à 2003 avec sa fameuse carabine issue du modèle 700, la Etron X. L’argument   également repris  avec la Voere VEC 91, et Krico avec la Kricotronic dont nous allons reparler plus loin,  était de profiter de l’arrivée de l’électronique pour shunter complètement le temps perdu entre le verrouillage, et le réarmement. On éliminait ce temps de latence pour un tir instantané, sans frottements parasites, ressorts à tendre et déclencher. Plus de queue de détente traînante, qui  gratte, il fallait maîtriser le tir avec un commutateur « on-off ». Dans une période où suite à quelques tueries de masse, se profilait déjà l’idée des « fair guns » ou armes intelligentes, ne pouvant être utilisée que par son propriétaire, la mise ne route par une clef de contact…comme en voiture, semblait promis à un bel avenir.

Mais Remington, en plus de contrainte inhérentes à ce procédé révolutionnaire : arme et munitions plus chères, problèmes de la batterie par temps froid, fit quelques erreurs de marketing qui plombèrent cette bonne idée de départ. Le plan était de l’introduire de manière limitée, mais aux mains de chasseurs d’élite pensant que la masse du public suivrait par le bouche à oreille. L’arme fut donc établie avec des canons communs mais lourds et pas plus précis que les autres dans des petits calibres  de varminting trop restreints (220 Swift, 22-250, 243 Winchester), et de l’utiliser dans des conditions de tir au stand, où ses avantages… n’en n’étaient plus vraiment à la chasse. Aux States, le modèle EtronX valait 1000 dollars de plus que le basique 700 ! Il améliorait de 90% le tempo verrouillage-déclenchement, mais il n’était pas convertible en classique. Ce fut donc un flop retentissant, mais le concept pourrait bien revenir un jour.  En France, Rivolier l’importa un moment au prix fort (2600 euros) pour une arme encore peu aboutie, dans des calibres, on l’a vu, guère européens, et des munitions 25 % plus chères que la normale. Ce n’est assurément pas avec cette arme que le célèbre importateur des  280 Remington  fit fortune…Malgré tout, la marque d’Ilion, sans doute pour rentabiliser les études effectuées, et surtout de conserver les culasses standard, revint à la charge sur le marché, important aux USA de la poudre noire, avec le système ULM (non ce n’est pas un petit avion…mais l’abréviation d’Ultimate Muzzleloader) inventé au départ par l’armurier Kenneth Johnston de charges empilées (selon la distance visée) mises à feu par des étuis préamorcés (en fait une douille de 308 coupée). Plus de magasin, devenu inutile l’empilement des charges choisies permettant un tir précis jusqu’à 250 m.

krico

En Europe, le précurseur du tir « électrique » fut Krico qui, dans les années 80, réalisa en 22 LR, à partir d’un modèle 400 silhouette pour le tir sportif la « Kricotronic »  (ci-contre à gauche) qui reprenait tous les bons arguments énoncés plus haut par Remington : pas de temps de latence, de pièces en mouvement, etc. Mais le concept le plus abouti fut mené toujours par une marque allemande bien connue des chasseurs, Voere en 1990 avec la VEC 91. Cette marque avait été associée aux recherches autour du G11 militaire de Heckler und Koch et les cartouches sans étui. Les avantages de ces dernières sont faciles à percevoir : plus d’emport pour le soldat, cadence de tir accélérée car on s’affranchit des phases classiques approvisionnement, verrouillage, tir, éjection, l’ensemble partant à chaque fois en fumée ! A cela s’ajoutait une précision accrue sur les courtes rafales puisque s’affranchissant de toute la quincaillerie mécanique ! Voere observa tout ça avec attention en tentant d’adapter cette idée au tir civil et à la chasse…mais en commettant les mêmes erreurs que Remington à savoir : le choix d’un trop petit calibre (5,7 et 6mm UCC), et une répétition manuelle (4-5 coups)…gommant les avantages précités de toute façon à la chasse où il est de plus, interdit de rafaler ! Les deux batteries pour cette carabine étaient dans la poignée-pistolet et données pour 5000 coups.

Mais l’idée continua de faire son chemin pour la marque de Kufstein qui, dans le domaine militaire avec la X3 propose désormais une arme superbe (voir ci-dessous) pour tireurs d’élite avec cette fois ignition laser. Encore plus rapide que l’électrique elle cumule cependant tous les avantages énoncés plus haut dans la réduction des mouvements et les phénomènes vibratoires liés aux cycles. Le laser consommant peu d’énergie est donné pour 10 000 coups, frappant une amorce spéciale contenant peu d’explosif, le point technique important pour la marque ayant été de concevoir des lentilles laser capables d’encaisser le recul des « grosses » cartouches qu’utilisent les forces spéciales : du 300 WM, en passant jusqu’au 308 W, 338 Lapua Magnum, voire le tout récent 408 Chey-Tac ! Le canon inox vient de chez Lothar Walter, la détente peut être réglée usine à 400 grammes, le tir précis censé dépasser, selon la munition les 2500 mètres. Il n’est pas encore question d’une adaptation à la chasse.

X3

De fait, ce concept qui est en gros contemporain de l’automobile  avec batterie (dans la crosse), condensateurs, et des électrodes comme des bougies de voiture est assurément moderne, et  n’a trouvé son aboutissement pour le moment qu’aux USA pour les armes à poudre noire et des pré charges qu’on enfonce, comme autrefois, par la bouche du canon, en faisant cette fois en plus, l’économie d’une amorce. On trouve ainsi dans les grands centres de vente internet de telles carabines comme la CNA Electra 9 volts, qui tiennent  500 coups avant de changer la pile. Mais, comme on l’a vu la vieille idée de ce  tir modernisé…ou électronique si on veut de nos jours, reste, comme l’électricité… dans l’air !

1/ Il s’agissait au départ sur certains armes embarquées de déclenchements télécommandés par solénoïdes, d’aides à la mécanique de rechargement (chain guns), mais aussi de mise à feu directement électriques sur certains lance-roquettes, que l’on trouve aussi dans l’industrie des carrière, les feux d’artifice, la démolition…souvenez-vous de Robert Lamoureux et de la 7è compagnie « le fil rouge sur le bouton rouge »…