Le retour timide du fusil à pompe ?
La législation récente de l’automne 2013 qui nous régit maintenant a remis dans le circuit des chasseurs, pourvu qu’il soit rayé (et on va voir plus loin pourquoi et comment) le « fusil à pompe », victime en 1998 d’un mythe cinématographique tenace, celui, dans les banlieues et les hold-up, d’une « arme de destruction massive » ! Depuis, la « Kalache » a pris sa suite, et le système popularisé autrefois par le bon vieux « Rapid » reprend des couleurs.
Les bizarreries de la législation française avaient même posé pas mal de problèmes à ses nombreux possesseurs, pas toujours certains de le conserver en possession « viagère », souvent contraints de le transformer en un fusil à…un coup, à le démilitariser complètement voire à se résoudre au dispositif de tringlerie biscornu proposé par Rivolier pour conserver sa capacité maxi de 9 coups. Ci-contre, planche explicative de la modification du "Rapid" vu plus bas.
Question de culture, malgré le succès relatif du rejeton de la Manu, il n’a jamais connu une aura telle qu’en Amérique du Nord où jusque dans les seventies , 88% des chasseurs l’utilisaient en concurrence avec les semi-autos dans les grandes marques Winchester, Remington où Mossberg avec des canardières parfois longues de 98 cm de canon… et 7 cartouches derrière ! Dans la neige et le froid, cette technologie rustique permettant de faire face à toutes les situations et tous les chargements pour tirer plusieurs fois de suite dans des vols de becs plats…ou faire face à un ours irascible, et un puma affamé ! De ce côté donc, les firmes US ont longtemps eu un avantage sur nous, et on va le voir elles sont encore commercialement placées pour faire face au retour de ce système dans la chasse hexagonale.
A tout seigneur tout honneur, cocorico, c’est à notre bien français Verney-Carron que l’on doit d’avoir apporté la solution la plus innovante en ce domaine. Notre législation interdisant encore les pompes en lisse, et imposant le rayé ou boyaudé, il a inventé le concept de rayures non dispersantes. Il est aussi le seul avec Fabarm, à proposer des canons de longueur classique (76 ou 71). Son Black Crow (ci dessous) dispose de trois chokes, 5+1 coups, mais il propose aussi un P 12 grand gibier à canon de 56 et rayures Paradox pour le tir de balles slug, créneau sur lequel la concurrence ne manque pas. On trouve en effet une vaste offre d’une vingtaine d’armes de ce gabarit court et à faible prix (moins de 500 euros), particulièrement turques : Armsan, Escort, NS guns, Sarsilmaz.
Compactes, mais lourdes, ces armes issues le plus souvent du Tactical ou de la sécurité ne peuvent se comprendre à la chasse que pour la battue dans la traque, et dans une moindre mesure au poste, le peu de longueur des canons (on oscille entre le plafond légal de 47 et 51-60) incitant à ne pas dépasser le tir à plus de 25-30 m. De ce côté on l’a déjà vu dans un poste récent, des semi-autos à bas prix genre Baïkal MP 153 avec canons de 70, et optique ou point rouge ad hoc, font bien mieux avec des munitions comme les balles flèches dont la distance de réglage optimum est de 90 m. On n’est pas loin des carabines à la distance moyenne de battue qui, ne l’oublions pas, est en France de 45 m.
Là où le dispositif à pompe reprend l’avantage c’est sur la sécurité. Parce que, sans cartouche engagée, le seul mouvement rapide de la main faible (la gauche pour la plupart d’entre nous) permet de l’armer. Ce qui est particulièrement intéressant dans la traque où on aura, face à un animal susceptible de charger, plusieurs coups successifs, sans crainte d’enrayer avec une charge faible. De nos jours, toutes ces armes emploient également des matériaux capables de bien résister à la fois aux ronces et aux intempéries que l’on rencontre inévitablement dans ces conditions de chasse éprouvantes. Malgré tout, dans l’offre relativement conséquente de ces armes rayées courtes, le chasseur au poste ne devra pas voir que le prix. Il devra s’intéresser au mécanisme de réarmement avec simple ou double tringlerie de commande, mais aussi et surtout aux rayures. Précurseurs on l’a vu dans ce domaine, les canons US étaient prévus d’usine pour le tir de balles, les « slugs » bien différentes des nôtres (classiques Brenneke, etc.) avec un diamètre plus faible pour que ces dernières soient au gabarit du fond de rayures, ce qui n’est pas le cas de ceux qui, lisses, furent rayés a posteriori pour s’adapter aux exigences de notre réglementation absurde. Sur ceux-ci, seule la plasticité de la munition fait qu’elle s’adapte, comme elle peut (bonjour donc la régularité !) au fond de rayures. Dans tous les cas, les canons US devront tirer, pour être précis, des projectiles qui leur sont adaptés, par exemple les ensabotées de haut niveau technologique : Winchester suprême elite, Remington accutip par exemple. Et n’escompez pas dans le chablis, tirer la bécasse avec ces fusils certes encore lourds (ils font tous plus de 3 kg) mais maniables avec leurs canons de 51 à 60 car les rayures donnent un « effet donut » - le fameux biscuit US avec un trou au centre- garanti : seuls 20 % des plombs au centre, tout le reste à la périphérie ! Faudrait rater sciemment la belle mordorée pour avoir une chance de l’atteindre…un comble non ?
Le mouvement de réarmement impliquant surtout quand on n’a pas encore pris l’habitude, une certaine perte de visée a sans doute pas mal joué dans le délit de « sale gueule » infligé à cette technologie, l’excès de confiance dans le magasin bien rempli pouvant également inciter à moins se concentrer au tir . C’était aussi dans une époque où il y avait plus de gibier, et donc plus d’occasion de tirer, mais ses détracteurs insinuaient que si tous les chasseurs avaient autant de coups en magasin, il n’y aurait bientôt plus de perdreaux ni de faisans.
Ce qui va être intéressant, c’est de voir comment l’initiative de Verney-Carron va être reçue sur le marché français, relativement restreint. Sera-t-il suivi par d’autres ? Fera-t-il une version « bois » susceptible d’en faire au moins un bel objet comme les anciens pompes par les séries TV. La maîtrise de cette technologie doit aussi sans doute beaucoup à son département sécurité, et le place aussi en bonne position pour les besoins des forces de l’ordre que la conjoncture actuelle sollicite de plus en plus. En plus d’être extrêmement efficace, à courte distance, le « clic-clac » du pompe quand son œil noir vous regarde, conservera toujours son aspect éminemment dissuasif…
Ci-contre : en 1970, tout le monde avait plus ou moins à son catalogue un "pompe". L'auteur a longtemps chassé, voir ci contre, avec un Beretta dans ce système manuel quand même opérationnel au pigeon comme on le voit.





