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13 janvier 2017

Le chevreuil à la sauce Bocage...

Notre dernier sujet chevreuil a intéressé et méritait d’être approfondi à la lumière des difficultés que nous avons évoquées en ce qui concerne notre région de Bocage. Le chevreuil ne s’y est généralisé que voici moins de 20 ans, dans une période où les mutations de l’agriculture, et la diminution du nombre de chasseurs complique encore les choses.

brocard

 

La battue, mode de prélèvement le plus pratiqué peut encore « sauver » la chasse. Elle force les locaux à se rencontrer, à échanger, elle peut être le prétexte à la convivialité et par conséquence  à une réflexion plus approfondie encore de l’acte de chasse en général sur un territoire donné. Mais, et c’est son paradoxe, ce n’est pas le mode le plus approprié pour apprécier ce qu’on voit et ce qu’on fait. Plus encore,  il faut « prendre » non seulement pour être dans les clous du plan de chasse mais surtout pour l’ambiance qui très vite peut se détériorer de tous côtés : meutes et piqueux qui n’y trouvent pas leur compte entre ce qui est levé et ce qui est tiré, ratages divers, entorses toujours possibles à la sécurité ou à l’identification des animaux.

En battue, sauf chez certains « pros » qui en font beaucoup et souvent (1), tout va vite, dans l’improvisation. Et après tout, on ne peut guère reprocher à celui qui ne s’intéresse qu’au perdreau, de s’être, pour un coup,  dévoué à venir boucler la ligne pour rendre service à la société. Si, en plus c’est pour se faire enguirlander ! Tout ça sur un terroir qui a profondément changé. Les clos de pommiers, les grandes prairies ont laissé place à une « mer de maïs », et suite à une législation absurde et nouvelle (2), les comptages ne se font plus à une période où cette « marée verte » n’est pas encore montée.

coupjle chev

Quand ouvre, début juin, le chevreuil d’été, pas sûr que l’observation soit encore facile. Reste le milieu boisé (chez nous il est quasiment toujours fortement accidenté) où le chevreuil est plus actif le jour qu’en milieu agricole. Là, le chevreuil sait se défendre, grâce à son ouïe. Il cadre parfaitement « son terrain ». Il trie entre tous le bruit du fond  agricole habituel, tracteurs, traite, va et vient de la vie rurale, qui ne l’inquiète pas outre mesure. Dans le doute,  il fait quelques mètres, se met tranquillement à couvert : un promeneur peut passer à côté des dizaines de fois sans le mettre sur pied. Même en période de chasse il sait faire la part des choses, à bon vent il « sent » (3) la ligne et les sentiers fréquentés.

L’idéal, en faisant l’impasse bien évidemment sur les maïs, serait de disposer de plusieurs « sanctuaires » de « sale » et d’inaccessible dont on surveillerait quand même discrètement les lisières, notamment pour repérer les mâles à abattre en priorité comme on l’a vu dans le dernier sujet, aux premières battues en même temps que les jeunes facile à identifier et à tirer même quand ils sortent pleins pots des maïs. Les brocards, avant le rut (où là ils sont fous ! ), surtout les vieux qui ont été chassés et connaissent la poloche et « aboient » vite face aux intrus, sont plus intéressés au gagnage et aux échanges avec les autres mâles (frottis, grattis) qu’aux femelles suitées, donc moins mobiles. Ce sont donc plutôt ces dernières qui profitent au mieux des maïs et qui, si elles ne sont pas dérangées s’y « cantonnent ». Ce sont ces petites hardes qui sont aperçues par les randonneurs estivaux néophytes ès choses de la chasse, et qui nous rapportent naïvement avoir vu … « des biches » !

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Tout comme certains passionnés font « le pied » pour le sanglier, il faudrait, autour des plans chevreuils d’été surveiller, mais sans tirer, même le renard, ces zones sanctuaires où se réfugieront les vieux brocards méfiants à tirer ensuite, dès que les maïs seront coupés.

Généralités toujours bonnes à rappeler sur le chevreuil : le rut a lieu de mi-juillet à mi-août. Le faon (nom jusqu’à six mois où il est sevré)  naît en mai juin du fait de l’ovulation différée (comme le blaireau) jusqu’en décembre ; il perd ses taches à 4 mois, dès l’âge de 15 jours est capable de semer un renard à la course. Il est chevrillard de 6 à 12 mois et fait ses « bosses », base des bois futurs vers 7-8 mois. La seconde année il est daguet porte les « broques » qui, sans andouillers en font un « assassin » (photo ci dessous à dr.) ou, par suite de dérèglement hormonal une « perruque ».

trophee-de-chasse-massacre-chevreuil-cornes-foret-xxeme

 

Les bois tombent en octobre-novembre, les velours se font en février et il les « fraye » ou s’en débarrasse de mars à juin en les frottant énergiquement contre les arbres ou les clôtures. Il passe 4 heures à dormir, 12 à manger (3 kg de fourrage par jour), mais boit peu, souvent en léchant la rosée. Quand il se remise, il fait des couches ou reposées, vit en théorie 10 à 12 ans, mais en fait beaucoup moins par cause de la chasse (600 000 tués sur population hexagonale de 2,5 millions) et des voitures (14 000). Les vieux animaux portent sur le poitrail des taches claires et ovales que l’on nomme « serviettes ».  Capable de bondir à près de 2 m de haut et sur 6 m de long, lancé sur une courte distance il peut accélérer jusqu’à 90 kms/h…ce qui explique la difficulté du tir pour le néophyte quand il sort du maïs à toute vitesse avec les chiens au c… !  Hors les bois on différencie le mâle de la femelle , pour le premier par son avant plus haut et son « miroir » arrière en forme de haricot quand celui de la femelle est en forme de cœur.

1/ Sur des enceintes restreintes et peu de fusils avec des chiens de petit pied qui n’affolent pas vraiment le gibier lequel alors « randonne » et se tire plus facilement en refuite assez loin devant les chiens et sur des lieux de passage obligés ou connus en fonction de la nature du terrain. Les animaux sont également plus faciles à identifier, les plans de chasse appliqués à la lettre selon les consignes par des chasseurs motivés et habitués à voir souvent, et de très près des dizaines de chevreuils tous les ans. La battue communale au contraire, embrasse des territoires souvent immenses et mobilise toutes les bonnes volontés pas forcément  bien sensibilisées ni formées aux spécificités grand gibier.

2/Les comptages au phare doivent maintenant se faire dans les voitures, avec des passagers attachés par une ceinture…résultat plus personne n’en fait !

3/Le chevreuil sans atteindre les performances olfactives du chien, sent 100 fois mieux que l’homme qu’il détecte à 1 km s’il vient à mauvais vent, et 300 m en milieu fermé. 

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