Ah les belles bretelles !
Tiens les amis, voilà un sujet « chaud » à méditer dans l’intersaison tant il amène de réponses variées et contradictoires : la bretelle est à juste titre interdite au ball-trap, et dans le collimateur de la plupart des fédérations, notamment pour l’organisation des battues, mais peut-elle être bientôt également « bannie en action de chasse » ? Tentons de faire un petit peu le tour de la question.
Déjà pour nous autres qui avons goûté de la chose militaire il y a bien longtemps et les gaités sémantiques du vocabulaire de l’escadron entre « l’approvisionné », le « chargé » et « l’armé », faut différencier la « bandoulière » de l’arme « à la bretelle ». La première popularisée par les « bandouliers » dont parlait déjà Blaise de Montluc au XVIè dans ses « commentaires » se porte en travers du dos, croisant sur la poitrine comme la courroie d’une musette. De fait, l’arme est inutilisable dans l’immédiat, et donc en théorie déchargée. Pour la seconde l’arme est prête à toute éventualité et c’est plutôt cette manière de porter qui est fustigée notamment en battue au poste.
Comme bien souvent avec les armes, tout est dans l’utilisation : mettez un marteau dans les mains d’un imbécile, et vous en faites ipso facto une « arme par destination » ! La bretelle a son utilité dans les chasses solitaires et d’affût : au pigeon en bandoulière pour porter les formes, le siège, au marais les appelants et tout le barda voire se réchauffer les mains quand se lève le vent d’Est. Même à la chasse devant soi j’ai le souvenir près d’Avranches à la fin des années soixante, d’un vieux bonhomme armé d’un Simplex suivi par un vieux griffon d’origine indéterminée qui ne chassait que comme ça. La « fourchine » de coudre à main gauche pour taper les fourrés, la droite souvent à la poche pour ramener la blague de « gris », et arrêt obligé pour rouler la clope à la prochaine « charrière » !
Fallait avoir les mains libres pour tenir le chien en laisse aux passages de routes, ramasser aussi dans le grand mouchoir à carreaux les champignons de rencontre, les noisettes et les nèfles…Ah, mais pour le lièvre me direz-vous ? Eh bien, il était toujours temps d’aligner posément le capucin quand l’occasion se présentait et de le tirer à bonne distance plutôt que « dans ses bottes » méthode à proscrire et abominable car elle abimait parait-il le gibier. Ce qui me semblait paradoxal, notre brave homme tirant toute la saison et tout gibier levé au N° 2 qu’il faisait venir en quantités industrielles de St-Etienne, au grand dam du facteur qui devait se coltiner tout ce plomb à vélo ! Faut dire aussi qu’allant « aux bêtes », traire à la main, matin et soir, ce genre de personnage « connaissait le terrain » comme on dit et faisait aussi son quota, comme tous ses voisins d’ailleurs… au gîte ! Faire son lièvre à l’ouverture était, en ces temps bénits de gibier abondant dans nos campagnes une simple formalité pour tout chasseur rural se respectant.
Accessoire « de confort » à proscrire en action de chasse pour beaucoup, la bretelle s’impose pourtant également en secteurs accidentés pour aller au poste, en montagne où elle est indispensable couplée avec le sac à dos, et l’usage de carabines lestées de grosses lunettes. A l’affût-approche qui va ouvrir dans quelques jours et nécessitant de « jumeller » beaucoup, comment faire autrement ? La bretelle, il ne faut pas l’oublier fut aussi un argument de vente pour certains fusils mythiques comme l’Idéal (et le Robust 222 en option) et son enroulement automatique. Il en existe de toutes matières, cuir, nylon, élastiques (non ballantes mais qui s’usent vite) et même de forme lasso pour ceux qui, par esthétique, ne veulent pas dénaturer certaines armes élégantes et légères par l’ajout sur l’arme de grenadières disgracieuses et qui accrochent. Ce qui nuit au « coup d’épaule » dans le chablis comme à la bécasse par exemple. Certaines proposent même un petit compartiment cartouches, peu agréable au porter, mais pouvant être utile comme munitions sous la main en battue pendues à la branche la plus proche…où il faut le plus souvent, selon les consignes fédérales, les enlever au poste.
Les prix peuvent monter très haut (près de 70 euros pour certains modèles « luxe »), mais pour ceux qui ne voient que le côté pratique, le marché « tactical » ou militaire si on veut, offre pour un prix dérisoire (9 euros dans toutes les boutiques d’airsoft !) des bretelles techniques (ci-dessous à dr.) bien pensées puisque faites pour le meilleur terrain d’expérimentation qui soit, à savoir le combat. Très résistantes (elles doivent supporter le poids de la mitrailleuse Minimi approvisionnée !), elles sont modulables, amortissantes, faciles à déclipser d’un petit geste du pouce. Si problème de dimensions de grenadières, deux colliers serflex et le tour est joué.
Petit rappel de sécurité quand même pour être sûr de ne jamais vous tromper : à la bretelle ou en bandoulière quand on se déplace, seul ou en groupe, l’arme doit impérativement être ostensiblement vide. Mais contrairement à ce que certains préconisent, elle ne doit pas être réglementairement interdite partout et pour tout. Comme pour l'impôt...trop de réglements tue le Réglement...





