Ne soyez pas superstitieux...ça porte malheur !
Dans un temps où il n’y avait pas d’assurance-maladie, de vétérinaires, où l’homme se retrouvait impuissant face à la Nature, talismans et croyances servaient de ponts reliant animaux et humains, et leurs messages de prières tentaient de trouver des règles reliant le chasseur et le chassé et de s’arranger avec le sacré, gage de survie.
En 1665 le prince-évêque de Thun s’élevait contre le culte des amulettes prélevées sur le gibier : cornes de bouquetins contre la peste, bois de cerf contre les démons, dents de loup pour les maux de dents, peaux de renards et de blaireaux éloignant les mauvais esprits, crocs de loutre pour les verrues. De ces talismans dont la valeur s’éloignait à la mort du porteur, le sortilège s’en allant comme si toutes les expériences accumulées représentées ne valant plus rien pour ses successeurs, le « herzkreuz », cartilage du cœur de cerf, et aussi de bouquetin représentait une panacée, qui fut une des causes de la quasi extermination de cette espèce avant le XXè siècle.
On croyait aux « chasses sauvages » (1), aux phénomènes atmosphériques bizarres, aux pierres d’orage, au « bézoard » (2) dont pourtant Ambroise Paré, dès 1557 avait démontré la fausse réputation d’anti-poison en le proposant, au lieu de la corde, à un condamné à mort, un pauvre marmiton qui avait volé un peu d’argenterie à la Cour…et qui mourut après 7 heures d’une terrible agonie ! Plus fort encore le charivari, tout comme la fraiskette bavaroise, était un assemblage d’amulettes composites de dents de loup, griffes d’ours, dont la grande théologienne Hildegarde de Bingen, elle-même, au Moyen Age recommandait le port.
Le chasseur utilisait un langage spécifique, non seulement adapté à la technique, mais évitant aussi de nommer les animaux dans la croyance que parler haut et clair avertissait le gibier. On évitait comme pour le nombre de cartouches (et même le numéro de plomb) les nombres pairs, moins « parfaits » que les trinitaires (3-6-9) et ceux liés à la Création. Les honneurs de la « dernière bouchée », d’abord chargés de bannir de danger de faire du gibier tué un « revenant », se transformait grâce aux miracles de Saint-Hubert, mais aussi Martin, Eustache et Germain d’Auxerre, en perspective de pâturages célestes où les pauvres créatures jouiraient d’une nourriture infinie, pour l’éternité.
Il fallait se garder des mauvais présages, la rencontres en chasse des femmes, censées impures, surtout âgées et donc « bréhaignes » (stériles), ne devant surtout pas toucher les chiens, gage de malchance, de bredouille et de « buissons creux » en série. Le tir des cervidés albinos était signe de mort dans l’année depuis que l’archiduc François-Ferdinand, grand chasseur (3) dont les archives était méticuleusement tenues, tua le 27 août 1913 dans l’Alpwinckl, un chamois blanc, presqu’un an avant Sarajevo. Rassurez-vous, tout ça ne tient sans doute pas compte du fait que l’on ait parfois à tirer certains gibiers comme les chèvres de montagne, naturellement toutes blanches, voire les ours polaires en cas d’urgence ! Ne soyez surtout pas superstitieux, ça porte malheur, et encore mieux, si, Dieu merci…vous êtes athée !
1/ Voir notre archive du 3à novembre 2017.
2/ Boules de secrétions d’aliments non digérés trouvés dans l’estomac de nombre d’animaux, voire des humains.
3/ L’empereur François-Joseph à partir de 1848 lança la mode de la chasse au grand gibier de montagne et ne passait plus les mois d’été à Vienne, mais dans le Salzkammergut à Ischl, tout comme Victor-Emmanuel II d’Italie à partir de 1861 dans le val d’Aoste. L’archiduc François-Ferdinand avait tué 25 000 animaux dans sa courte vie (1863-1914), et une pierre commémorative à 70 km dans le Nord-Est de Berlin marque le 20 septembre 1898, le millième cerf tué par le Kaiser Guillaume II.




