A la demande d'un ami qui en a déniché un, nous continuons notre promenade dans le passé exceptionnel des fusils français de haut niveau de l'industrie stéphanoise avec le « Didier Fusil », et surtout son canon « Plume » que l'on imagine bien sûr ultra-léger, et qui se retrouve sur pas mal de fusils français anciens de l'après-guerre, jusque dans les années soixante.

 

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Le « Fusil Didier » est, en fait celui de Didier Drevet, un spécialiste du canon damas couronné en 1855 à l'exposition universelle de Paris, et qui déposa en 1899 un brevet pour son fameux « canon Plume », un hamerless système Anson classique mais dont la particularité était de disposer d'un canon sans bande dont les tubes étaient réunis au moyen d'une cale unique, puis brasés. On gagnait ainsi 200 grammes sur les canons traditionnels avec des tubes amincis mais plus épais aux endroits sensibles comme les chokes et la liaison avec les grenadières. Ce qui en faisait un fusil à la fois léger (2,6 kgs en 12) et maniable (souvent avec des tubes de 68), et totalement modulable « à la carte » ou « sur mesure » comme la plupart de la production de haute volée de l'entre deux guerres : platines, crosses anglaises, jaspage, etc. Le Fusil Didier voulant privilégier la qualité à la quantité se limitait à une production de 500 unités par an, garantis cinq ans.

 

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Tombée dans le domaine public, cette manière de faire des canons légers, pris dans une frette, fut repris par Darne, et surtout le canonnier Fanget dont son modèle « Epervier », équipa bien des armes stéphanoises jusque dans les années cinquante. En 1930, Didier-Fusil se fondit dans la SIFARM (Société Industrielle de Fabrication d'armes de chasse) fusion de petits artisans (Berthon, Francisque Darne, Gerest, Ronchard-Cizeron) soucieux de se défendre, face à la concurrence de la « Manu », tournant alors à plein régime. C'est pourquoi on trouve encore de nos jours beaucoup de fusils stéphanois pas toujours faciles à identifier, de ces années 1930-1960, estampillés de ce fameux « canon Plume » lequel cessa d'être produit en 1963 quand Verney-Carron reprit tout à la fois la SIFARM et le fameux canonnier Jean Breuil (1). Quelque part, le « Sagittaire » est un peu le descendant de cette famille de fusils légers qui arrivent de nos jours la plupart du temps en bon état (2), car les acheteurs décidés avant-guerre à mettre un certain prix dans des armes de qualité, savaient être soigneux, et les faire entretenir, la plupart du temps en armurerie, en fin de saison.

 

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  1. : Jean Breuil (né en 1876) fut, avec Heurtier, un des fleurons des frabricants français de canons. Chef de fabrication chez Goubaud initiateur des canons doubles monobloc, il fonda sa propre entreprise en 1913 et trusta les médailles d'or (1931-1937) avec des canons de référence en acier Holtzer dont un équipa notamment le fusil offert en 1933 au président de la République Lebrun. Sa signature est extrêmement valorisante de tout fusil artisanal de cette époque. Il fournit en effet des canons aux maisons les plus prestigieuses : entre autres Granger, Gastinne-Renette, Boucher, Fauré-Lepage.

  2. : en flanant sur le Net, on trouve chez les armuriers des « Didier-Fusil » en occasion autour de 1600 euros, soit le prix d'un beau Darne des séries P et V à grande clef. Sur « Nature à buis » certaines enchères démarrent à 3-400 euros !   Le tout étant bien sûr de connaître l'état exact de ces armes anciennes, mais d'une grande valeur technique à une époque ou l'armurerie française tenait le haut du pavé et même la dragée haute aux anglais, tout étant de surcroit, fabriqué...en France !