Gophers, buggers, rockchucks et autres flickertails...
Dans notre petite promenade dans l’univers des chasses originales Outre-Atlantique (1), nous ne pouvions oublier après les chiens de prairie, le varminting des marmottes et de la vaste famille des spermophiles encore appelés écureuils terrestres (2). Cette chasse particulière implique des techniques et des armes particulières à tir précis et tendu.
Ce sont des chasses plutôt du Wild West dans les paysages magnifiques et montagneux de l’Idaho, du Wyoming et du Montana pour lesquelles les passionnés de la côte Ouest n’hésitant pas à faire deux jours de voiture à partir du 15 août et jusqu’à mi-octobre, tous ces petits animaux hibernant ensuite. Le coût restreint permet un investissement lourd en armes sachant que la performance (il y a des tirs à 800m. et plus) doit être tempérée par le but final qui est de rendre service aux agriculteurs lesquels le plus souvent offrent, en sus, les munitions. C’est la raison pour laquelle les chasseurs emportent souvent deux armes : une percussion annulaire pour les tirs n’excédant pas 100m, et d’autres pour les tirs communs autour de 200-300m.
Nous sommes en effet là, un peu comme chez nous le ragondin dans une lutte contre les ennemis des cultures très ancienne contre ces bestioles classées dès 1900 comme ennemi public N°1 dans certains états comme le Manitoba canadien où on dénombrait 10 millions à raison de 5 à 30 le demi-hectare. On y organisait des concours à 5 cents la queue pour l’argent de poche des écoliers, et en 1921 le lauréat d’un concours de tir totalisait 385 dans la journée. En 1900, le « gopher bounty fraud » dans le Dakota du Nord surnommé d’ailleurs « flickertail county » défraya la chronique, la fraude sur les primes allant jusqu’à la Cour suprême de l’Etat. Certains petits malins, pour leur défense, arguant que, comme les lézards les queues pouvaient repousser !
Comme pour les chiens de prairies, le tir est particulièrement difficile dans les hautes herbes de plaines balayées par des vents tourbillonnants, et pour la marmotte à ventre jaune ou « Rockchuck » (marmota flaviventris), plus grosse (jusqu’à 10 livres) dans des amas rocheux, tas de rondins, canyons hauts perchés. Le tir populaire des fermiers borduriers, premières victimes de tous ces ravageurs se fit beaucoup au 22 Long Rifle, particulièrement avec la populaire Ruger 10-22, puis au 22 Magnum et de nos jours avec le 17 HMR qui permet de pousser, grâce à sa précision jusqu’à 120 mètres. Le 22 Hornet fut la première marche pour les tireurs qui firent avant-guerre de ce « varminting » inconnu chez nous une discipline à part entière où s’illustrèrent les anciens 22-250 (balles de 75-88 grains), le 220 Swift (balles de 80 grains). A ces distances encore courtes, le 17 Winchester supermagnum offre deux fois moins de dérive au vent que le 17 HMR mais il est cher. En sens inverse le 204 Ruger est plus plat et moins cher que le 223, mais ses balles de 40 grains à faible coefficient balistique sont sensibles au vent.
De nos jours, pour le tir en dessous de 250 m, ce sont les cartouches légères de 222-223 Remington qui sont le plus employées, et au-dessus le 243 Winchester qui, avec d’autres balles bien sûr, permettra de monter au niveau supérieur notamment cervidés. Les 6 et 6,5 Creedmoor avec des balles à fort coefficient balistique offrent la même polyvalence. Face à une cible de la grosseur d’un pain de hot-dog à ces distances, dans les bourrasques le choix des optiques fut crucial, souvent X 15, le champ de vision étant plus important que le grossissement. Les réticules « Duplex » de Leupold (1962), puis « Plex » (1970) qui utilisaient des « poteaux » faisant fonction en y inscrivant l’animal, dès l’apparition des premiers télémètres laser (1990), cédèrent la place aux réticules militaires type « mildot » pour tenir compte de la dérive au vent. Avec des canons lourds, cela favorisa une cartouche comme le 223 Remington, permettant, à travers l’optique de repérer, de très loin ses ratés et de corriger sans l’aide d’un copain observateur derrière. Avec une cible de deux pouces (5cm) à 500m si vous ne voyez pas vos coups, seuls les morts vous donneront un indice…et ils risquent de ne pas être nombreux !
Les tirs normaux s’effectuent autour de 300m. dans l’objectif de régulation et de faire du chiffre (3) pour obtenir plus facilement les autorisations des fermiers. La percussion annulaire est souvent là pour ça lors des repérages d’opportunité à pied voire en pick-up. Le soleil est propice car permet à ces petits animaux qui voient surtout le mouvement, de repérer, par leur ombre le vol des rapaces prédateurs. Offert désormais en « pack » par certains chasseurs professionnels (2000 $ sur 4 jours dans le Wyoming), ils conseillent vu le nombre de tirs, 250 par jour, d’amener l’habituel fusil « à whitetail » du fait de l’occasion unique de pratiquer des tirs à longue portée sur des cibles réactives, et donc de se forger de la confiance pour le prochain tir trophée de loin.
1/ Voir archives du 5 octobre 2020 sur le dindon, et du 28 octobre 2020 sur les squirrels
2/Urocitellus et citospermophilus.
3/Une centaine par jours, record à 400.




