Belles figures de femmes amérindiennes
Souvent abordée ici, à travers les armes qui lui sont liées, la ruée vers l’Ouest a trop souvent oublié les qualités humaines des populations autochtones et une vision erronée des femmes dans la vie tribale. A part les images lénifiantes de Sacagawea (1) et de Pocahontas, valorisant les colonisateurs on oublie que comme dans toutes les sociétés primitives, le rôle des femmes y était très important. Il s’agissait de sociétés matrilinéaires, où on appartenait au clan de sa mère ou à sa famille élargie, ce qui valait aussi…pour la guerre !
« Nonhelema » (1718-1786) née de mère métisse, épouse de deux chefs Shawnee dont la tribu émigra sous la pression des émigrants européens de Pennsylvanie à l’Alabama puis l’Ohio. Sœur du chef Cornstalk, surnommée la « squaw grenadier » (car elle mesurait près de 2m !) elle mena le combat côté US contre les Anglais à la bataille de Bushy run (1776), eût de nombreux maris dont un européen (le colonel et agent indien Alexander Mac Kee) et mena de nombreuses négociations de paix, bien que son frère ait été tué en représailles d’exactions indiennes alors qu’il était prisonnier à Fort-Randolph. Elle fut guide et traductrice lors de l’expédition Augustin de la Balme dans l’Illinois, épouse du chef Molushta quand il fut tué par traîtrise par le général Logan en 1786, mettant à profit sa détention pour compiler un dictionnaire en langue Shawnee.
Parmi les nombreuses figures féminines combattantes « Pine Leaf » (feuille de pin) était une Gros ventre capturée par les Crows, très bonne chasseuse, deux fois mariée à des chefs. « Running Eagle », une Pied Noir qui entra en guerre par vengeance à la mort de son mari. Demandant l’aide magique du Soleil elle devait, en contrepartie, rester chaste pour rester en vie malgré les dangers, et devint un chef de guerre respecté dans toute la région des Flatheads, à l’Ouest des Rocheuses. Elle fut tuée dès qu’elle s’établit avec un homme de sa tribu. Colestah (1800-1865) secondait avec son casse-tête, son mari le chef Kamiakin à la bataille de Spokane Plains (1858) dans l’état de Washington. « Nuage suspendu » était une princesse Chippewa seule femme autorisée à participer aux cérémonies et danses de guerre et à porter les plumes des guerriers.
Autour de l’épique bataille de Little Big Run où le général Custer perdit la vie, si les figures des chefs Sitting Bull et Crazy Horse sont connues, « Buffalo Calf Trail », épouse du chef Black Coyote fut l’héroïne de la bataille de Rosebud (1876) dans le Montana contre la colonne Crook qui précéda, où elle sauva son frère le chef « Comes in sight » dont le cheval avait été tué sous lui. La Sioux « Moving Robe » (Tashenamani) était également à la tête de la contre-attaque de la cavalerie indienne à Litte Big Horn. Le chef victorieux Rain-in-the-Face l’a dépeint ainsi : « …tenant en main la massue de son frère, penchée en avant sur l’encolure du cheval, elle était plus belle qu’un oiseau. Tant qu’il y avait une femme dans la charge, les guerriers rivalisaient d’audace autour d’elle pour montrer leur bravoure ».
On doit à l’historienne Eve Ball (1890-1984) la réhabilitation de trois guerrières Apaches dont une seule « Dahteste » (1860-1955) ne put revoir que bien tard, la terre de ses ancêtres. « Lozen » (1840-1889), cavalière depuis l’âge de 7 ans, dominant tous les hommes de son âge, chamane et voyante, était la sœur du chef Victorino qui disait d’elle « c’est ma main droite, forte comme un homme, plus brave que la plupart d’entre eux ». Elle combattit tout à la fois les Américains et les Mexicains, durant toute cette campagne (1877-1880) où la petite troupe d’une petite centaine d’Apaches, avec trois régiments de cavalerie et les Texas Rangers aux trousses, fit plus de 1000 morts ! Surpris par les Mexicains à la bataille de Tres Castillos, Victorino préféra se suicider plutôt que d’être scalpé vivant (2) !
Lozen (ci-contre à g. c’est la jeune fille avec la mèche sur l’œil, encadré en haut, Géronimo marqué d’une croix en bas lors de sa reddition de 1886) en réchappa avec 17 Apaches dont une autre guerrière célèbre, « Gouyen » (1857-1903) « celle qui est sage », veuve dont le mari avait été décapité par un chef Comanche qu’elle pista longuement pour l’égorger, alors qu’ivre, il fêtait sa victoire. L’implacable vengeance faisait en effet partie de la culture Apache et elle ne s’y était résolue que parce que son beau-père était trop âgé pour le faire ! C’est dans cet esprit que les deux femmes poussèrent le vieux chef Nana, âgé de 75 ans et boitant bas, à reprendre le combat pour deux mois avec une quinzaine de braves, rejoints par des bribes d’Apaches Mescaleros qui se sont joints ensuite à l’équipée de Géronimo (1883-1886). C’est là qu’apparaît Dahteste, Chiricahua du groupe de Cochise, puis de Géronimo, messagère et médiatrice de la reddition de 1886 car elle parlait espagnol et anglais. Les Etats-Unis, trahirent méthodiquement tous les traités signés. Lozen mourut de la tuberculose en détention au fort de Mount Vernon de Mobile (Alabama), Gouyen à Fort-Sill Oklahoma, où Dahteste (ci-dessous à dr. ) fut internée avec elle 27 ans, avant de pouvoir, déjà âgée, rejoindre la réserve de Whitetail où vivant toujours en costume traditionnel, elle put transmettre tous ces souvenirs à l’historienne Eve Ball.
Il est difficile de conclure pour réhabiliter quelque peu la culture amérindienne trop souvent présentée comme sauvage et primitive l’odyssée de deux femmes qui la connurent de près, deux prisonnières revenues, et à contrecoeur, de ce qu’il est difficile d’appeler la « civilisation ». La plus connue est celle de Cynthia Ann Parker (1827-1870) ci contre à g. dont la famille avait été décimée par les Comanches, enlevée à l’âge de 9 ans et qui ne fut délivrée par les Texas Rangers que 25 ans plus tard. Elle fut la mère du dernier grand chef Comanche, mort en 1911, Quanah Parker, et ne se fit jamais à sa nouvelle vie. Moins connue, malgré la série Hell on wheels qui la dépeint bien mal, Olive Oatman (1837-1903) en bas à g. était une jeune Mormon, capturée à 14 ans dans l’Arizona, échangée aux Mohaves qui la nommaient « Oach », et dont la délivrance fut négociée cinq ans plus tard alors qu’elle arborait de magnifiques tatouages bleus sur le visage signes, soi-disant, de la « sauvagerie » de ses hôtes pour mieux la défigurer et la repérer si elle s’échappait. Elle se maria en 1885 à un riche rancher texan, donna des conférences où on lui demanda vite de mettre en sourdine sa vie assez heureuse finalement passée chez les Mohaves. Ces derniers, en fait, l’avaient adoptée, et pour qui eux ces tatouages (elle en avait aussi d’ailleurs partout, sur les bras et les jambes !) étaient un signe d’appartenance au groupe…Une petite ville touristique dans l’Arizona sur la fameuse « highway 66 » porte encore son nom.
1/Voir archives sur l’expédition Lewis-Clark (1804-1806) du 4 février 2019.
2/Les primes liées à ces terribles trophées donnèrent lieu à une surenchère telle que non contents de s’attaquer à d’innocents civils indiens, des bandits se mirent même à tuer des colons émigrants, chercheurs d’or. Les premières primes apparurent en 1675, on vit durant la guerre de Sécession les guérilleros de Bloody Bill Anderson promener des scalps de soldats de l’Union, même chose cette fois aux dépens d’un camp indien au massacre de Sand Creek (1864). Il y eut même des gangs spécialisés sur ces crimes aux dépens des Apaches avec les troupes de James Kirker (1793-1852), les plus scandaleux étant ceux du gang John Glanton (1819-1850) qui a inspiré le livre ( Méridien de sang) de Cormac Mc-Carty, où, s’étant appropriés un bac populaire pour la traversée du Colorado, les malandrins tuaient et scalpaient, pour la prime, tous ceux qui leur passaient par les mains, Indiens, colons isolés, paisibles paysans mexicains, immigrants de passage…








