22 LR : subsonique, standard et tout venant...
Nos précédents papiers sur l’utilisation « rurale » du 22 LR nous valent quelques encouragements, pas forcément parce qu’ils sont pertinents en matière d’utilisation « pointue » du calibre (là, on a souvent droit à quelques critiques acerbes…), mais tout bonnement en raison de la prolifération, dans chaque foyer, des carabines bas de gamme de l’après-guerre. Elles peuvent encore être utiles si on est raisonnable et qu’on tourne autour avec bon sens, et sans leur demander la lune.
Il faut se replacer dans leur contexte, celui des années 50-60, bien avant l’apparition de la Stinger (1976) et des hyper véloces, mais sans oublier qu’il existait déjà, dans les années trente, aux USA des munitions rapides : pas moins de six versions de la Winchester Super X (387m/s), les golden et yellow bullets Remington dont, déjà, on signalait l’inadaptation aux semi-autos bien de chez nous (Reina, Gevarm) dont le fort recul, à la longue, risquait d’endommager les boitiers en zamac. Toute munition inférieure à 337m/s est subsonique, et c’est donc de ce côté et de la vitesse « standard » qu’il faut se tourner pour l’utilisation de toutes nos vieilles carabines made in St-Etienne.
Par standard (1) il faut entendre moins de dérive au vent, de zone de turbulence au passage transsonique. A ces faibles vitesses, le type de balle lui-même est moins important que le manque de contrôle qualité dans les fabrications d’autrefois. De ce côté donc, nous sommes mieux armés avec les « standard » actuelles qui ont bien progressé, mais également attention, en vitesse dépassant largement les 325m/s. On tutoie donc plus facilement la limite sonique qu’avant, et cette notion Standard peut évoluer d’une marque à l’autre : Aguila 327m/s, Eley match 333 m/s sans même parler à l’intérieur de mêmes lots de 50 des différences de 6-8m/s, pas si mal cependant sur des munitions de base utilisée à 50 mètres. La CCI standard mesurée sur le plus célèbre forum US donnait une moyenne de 335m/s et un écart-type de 5,45m/s sur un lot de 50 cartouches.
C’est sûrement ce qui explique la prolifération de la mention « subsonique » : il y en a une vingtaine sans autre libellé, certaines marques en font parfois même deux : Fiocchi USA à 318m/s et Fiocchi Italie à 338m/s. Le marketing, en offrant plus de panache que « standard » à l’apparition des silencieux qui gagnent en popularité, n’est sans doute pas étranger au développement de cette appellation qui recouvre cependant un emploi autre qu’au stand. Il est souvent associé à la mention « hollow point » ou pointe creuse…dont la finalité n’est surement pas que simplement escompter trouer du papier…
Face aux armes des années 50 que l’on retrouve dans les greniers Gevarm, Gaucher, Manu-Arm, il faut être pragmatique : n’en déplaise aux puristes du tir, elles ne sont pas intrinsèquement nulles comme on le voit trop souvent sur certains forums. La percussion annulaire est notoirement difficile à cerner, le canon et la munition peuvent être aux antipodes dans l’échelle des tolérances et refuser de marcher ensemble car de nombreuses variables sont en jeu : espace de la tête de culasse, forme du percuteur, force de son ressort. On peut en rigoler, et c’est ce qu’on fait quand on tire avec un ensemble mobile qui bloblotte dans tous les sens, massacre les étuis avec un percuteur tapant comme un sourd, mais reste le canon toujours long, (60 cm et plus parfois !) bien plus que les 35 cm nécessaires à l’accélération de la balle de 40 grains. Et ça, on peut encore en tirer parti.
Il faut donc jouer sur ce qui est accessible à tout un chacun, primo la détente, en jouant prudemment de la Dremmel, et surtout la cohérence de la munition. Faire (comme pour le pinard !) des achats réguliers de lots à peser et tester de façon à avoir la vitesse la plus constante possible, car elle est la clef de la propagation verticale, et régler l’optique (2) à une distance donnée de 50 m sachant qu’au-dessous dans l’option « minute de ragondin » par exemple, tout va marcher, même les fonds de stock (3) datant de plusieurs décennies. Avec ces canons de 60 cm, il faut tirer le standard plutôt que le subsonique qui n’existait pas à l’époque car la longueur du canon va encore le ralentir par frottement. Ne pas oublier non plus d’éviter le tir « à sec », de nettoyer tous les 50 coups en utilisant le « snake » avec précaution, dans le sens du tir, pour ne pas envoyer les résidus dans l’action.
Les données CCI montrent qu’à 100m. une 40 grains standard n’est pas si loin que ça (324m/s contre 374 m/s) d’une mini-mag. Par contre cette dernière a 20% d’énergie en plus, tout en ralentissant plus vite à 50m. Reste l’atout « hollow point » de nombreuses subsoniques on l’a vu, souvent associé à l’emploi des silencieux. Des outils, souvent coûteux (Lil Gizzy tool) existent qui permettent de transformer une balle « match » en expansive, ce qu’un petit tournevis cruciforme, prudemment et habilement manié peut pallier facilement. L’extrême variance (4) du coefficient balistique, (de toute façon fort médiocre !) permet ces petites bidouilles, car il ne fait la différence qu’au-delà des 50m. distance qu’on s’est donnée comme base.
1/La notion de standard s’est précisée en 1971 quand apparut la Winchester T 22 en remplacement de l’Xpert. Les grandes marques européennes, plus axées tir de compétition et avec un contrôle qualité supérieur ont meilleure réputation que les américaines avec forte vente en vrac (en seaux voir ci dessus !), la norme à atteindre par exemple chez CCI étant de 2 MOA à 100m (variation de 6 cm).
2/Pour 50-100m. le simple X4 suffit amplement, surtout pour monter sur la pétoire de grand-père.
3/On ouvre toujours avec nostalgie les boites de Gévelot des années 50, et les Golden Bullets des années 70 voire, de temps en temps le claquement sec d’une Stinger, qui peuvent servir au plinking ou aux tirs de près des indésirables ravageurs des campagnes. Ah, mais, qui s’y frotte s’y pique…surtout avec la Stinger ! L’oxydation sur les boîtes anciennes (voir ci-contre à g.) se combat en frottant légèrement les ogives avec de l’huile moteur.
4/Quand il est inscrit sur les boîtes…c’est-à-dire pas souvent, le coefficient balistique des 22 LR varie de 105 à 122.




