Voilà bien un sujet dont on débat peu souvent. Nous ne parlons pas bien sûr de la configuration (dévers, pente, avantage, etc.) qui entre dans un usage pratique de l’arme, mais de sa décoration. Avant la moitié du XIXé siècle où les crosses étaient originaires du pays et dans des bois de différentes essences et qualités, c’était la partie la plus facile à « customiser » comme on dit de nos jours.

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Hormis le noyer (1) célèbre en armurerie, l’érable, le hêtre, le myrte ou l’acajou, et des bois encore plus ordinaires pouvaient accepter tout un tas de finitions les rendant sinon beaux, du moins acceptables. Tout un bestiaire (hures de sangliers, massacres de cerfs, animaux fabuleux, motifs végétaux ou feuilles d’acanthe) ornait nombre d’armes à piston, le génie propre à certaines régions comme l’Allemagne « creusant » encore plus la question dans le droit fil des gravures que l’on trouvait sur les platines des armes de Thuringe. Un style fort, disons « germanique » qui ne laisse personne indifférent qu’on soit pour ou contre, et que l’on retrouve d’ailleurs toujours sur les armes de Suhl : Merkel, Simson, etc.

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C’est par l’arme rayée que les ornementations de crosses sont revenues timidement dans l’actualité, à partir de 1972 (2) et l’apparition des plans de chasse et l’obligation de tirer à balle le grand gibier, qui aboutit au développement spectaculaire des express, et plus largement des armes basculantes à calibres différents. Sur ce créneau à l’époque les gens de l’Est régnaient en maître et le marché de l’occasion fit revenir ces décors tourmentés dans le périmètre des battues hexagonales.

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Les carabines à verrou, jusqu’ici simplement fonctionnelles se mirent au diapason quand on commença à s’intéresser aux carabines américaines où Weatherby (3) mais surtout Winslow  dans les années soixante, purent s’illustrer avec des armes aux crosses Monte Carlo au profil exagéré avec profusion d’incrustations de nacre, de bois plus ou moins précieux, d’entretoises et de sculptures de crosse. Elles n’étaient pas toutes importées, ni immédiatement disponibles, mais ce mouvement était connu des spécialistes et amateurs via la presse spécialisée. Nous en reparlerons prochainement : ci-contre à dr une carabine Winslow.

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De nos jours, les artisans spécialisés peuvent réaliser ces décorations qui ne sont guère proposées, sorties d’usine que par une poignée de marques (4). Le design des crosses, anglaises, demi-pistolet, prince de Galles, etc. étant déjà controversé, ces ornements, question de « goûts et de couleurs » peuvent être discutables, mais sont rarement vernis. Ils bénéficient de bois huilés dont l’amélioration est à la portée de chacun, à la force de l’huile de coude ! Ce qui est un avantage pour la protection des crosses face aux intempéries, mais à renouveler souvent…histoire d’admirer une fois de plus l’envol de la bécasse ou le passage du sanglier à la ligne et de raviver le souvenir de moments intenses de chasse…

1/Le noyer (21 espèces) est répandu partout Europe, Asie, Amérique, sauf en Australie pour son bois utilisé après séchage rigoureux (un an par couche d’épaisseur) en armurerie, mais aussi pour le mobiliser, les objets sculptés, la marqueterie. On sait que ses noix sont certes comestibles, mais les coques broyées peuvent servir à polir, teinter les bois, servir d’épaississant en peinture, ou de fournir une farine additive aux peintures.

2/Sous l’influence notamment de François Sommer.

3/Nous reviendrons dans un prochain envoi sur le « style » des carabines Weatherby.

4/ A notre connaissance seul Bettinsoli le fait pour des armes grand public sur le superposé Silverlite, le SA Zephyr, les express XL 15 et 12.